A la Compagnie de Marie - FRATERNITÉ MARIALE MONTFORTAINE

Search
Aller au contenu

Menu principal :

A la Compagnie de Marie

St. Louis-Marie > Ses écrits
 

Aux associés
de la Compagnie de Marie



[1] Nolite timere pusillus grex quia complacuit patri vestro dare vobis regnum.
Ne craignez point, petit troupeau, car Dieu votre Père a pour agréable de vous donner le royaume (Lc 12, 32).

Ne craignez point, quoique naturellement vous ayez tout à appréhender: vous n'êtes qu'un petit troupeau et si petit qu'un enfant peut l'écrire, puer scribet eos (Is 10, 19). Et voilà les nations, les mondains, les avares, les voluptueux, les libertins assemblés à milliers pour vous combattre par leurs railleries, leurs calomnies, leur mépris et leurs violences, convenerunt in unum (Ps 2, 2).

[2] Vous êtes petits, ils sont grands.
Vous êtes pauvres, ils sont riches.
Vous êtes sans crédit, ils sont appuyés de tous.
Vous êtes faibles, ils ont l'autorité en main.

Mais encore un coup, nolite timere, ne craignez point volontairement, écoutez Jésus-Christ qui vous dit: Ego sum, nolite timere, c'est moi, ne craignez point; c'est moi qui vous ai choisis, ego elegi vos (Jn 15, 16); c'est moi qui suis votre bon Pasteur: ego sum pastor bonus; je vous connais comme mes brebis, ego cognosco, etc. (Jn 10, 14). Nolite mirari si odit vos mundus (1 Jn 3, 13), scitote, etc. (Jn 15, 18): ne vous étonnez point si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde vous chérirait comme une chose qui lui appartiendrait; mais, parce que vous n'êtes point du monde, il faut que vous essuyiez sa haine, ses calomnies, ses injures, ses mépris, ses outrages.

[3] Ego protector tuus sum (Gn 15, 1) in manibus meis descripsi te (Is 49, 16). Je suis votre protection et votre défense, petite Compagnie, vous dit le Père éternel, je vous ai gravée dans mon coeur et écrite en mes mains, pour vous chérir et vous défendre, parce que vous avez mis votre confiance en moi et non dans les hommes, en ma Providence et non dans l'argent.

Je vous délivrerai des pièges qu'on vous tend, des calomnies qu'on vous impose, des terreurs de la nuit et des ténèbres qui vous intimident, des assauts du démon du midi qui veut vous séduire; je vous cacherai sous mes ailes; je vous porterai sur mes épaules; je vous nourrirai à mes mamelles; je vous armerai de ma vérité, et si puissamment que vous verrez de vos yeux vos ennemis tomber à milliers à vos côtés: mille mauvais pauvres à votre gauche, dix mille mauvais riches à votre droite, sans que ma vengeance approche même de vous.  Vous marcherez avec courage sur l'aspic et le basilic envieux et calomniateur; vous foulerez à vos pieds le lion et le dragon impie, emporté et orgueilleux; je vous exaucerai dans vos prières; je vous accompagnerai en vos souffrances; je vous délivrerai de tous vos maux; je vous glorifierai de toute ma gloire que je vous montrerai dans mon royaume, à découvert, après que je vous aurai comblés de jours et de bénédictions sur la terre.

[4] Ce sont là, chère et petite Compagnie de Marie, les promesses admirables que Dieu vous fait par la bouche du Prophète, si vous mettez par Marie toute votre confiance en lui.

Étant, comme vous êtes tous, abandonnés à sa Providence, c'est à Dieu à vous soutenir et à vous multiplier et à dire: crescite et multiplicamini et replete terram (Gn 1, 28), ne craignez donc point votre petit nombre. C'est à Dieu à vous défendre, ne craignez donc point vos ennemis. C'est à Dieu à vous vêtir, nourrir et entretenir, ne craignez donc point de manquer du nécessaire, en ces mauvais temps, qui ne sont mauvais que parce qu'on manque de confiance en Dieu. C'est à Dieu à vous glorifier, glorificabo (Ps 91 [90], 15); ne craignez donc qu'on vous enlève votre gloire. En un mot, ne craignez rien et dormez en sûreté sur son sein paternel.

[5] Mais c'est peu que de rien craindre; il veut que vous espériez de lui de grandes choses et que cette espérance vous comble de joie.

Ce très riche et très bon Père veut vous donner le royaume de sa grâce, dare vobis regnum. Vous êtes rois et prêtres de Dieu, fecisti nos Deo nostro reges et sacerdotes (Ap 5, 10), par votre christianisme et votre sacerdoce; mais vous êtes encore rois par votre pauvreté volontaire: beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum coelorum (Mt 5, 3). Notre Seigneur ne vous dit pas seulement [que vous aurez] le royaume des cieux, mais qu'étant pauvres d'esprit, vous l'avez déjà. Et comment?

[6] 1º - Parce que, comme dans le ciel on n'a besoin de rien de ce qui est sur la terre, on regorge des biens spirituels et éternels et on possède Dieu pleinement, de même les pauvres volontaires, comme vous, n'ont besoin de rien sur la terre, parce qu'ils ne veulent ni ne désirent rien; autrement ils ne seraient pas pauvres d'esprit; car, comme dit le sage: substantia inopis secundum cor ejus (Si 38, 20), tels que sont l'esprit et le coeur du pauvre, telles sont ses richesses. Si son coeur est content, il est riche et rien ne lui manque.

[7] 2º - Les pauvres d'esprit sont riches en foi et dans les autres vertus. Pauperes in hoc saeculo divites in fide; affatim dives est qui cum Christo pauper est: celuià est abondamment riche qui est pauvre d'esprit avec Jésus dit saint Jérôme.

Il est riche en consolations divines: parasti in dulcedine tua pauperi, Deus (Ps 68 [67], 11). N'étant point piqué des épines des riches, ni des désirs des richesses, et se sevrant comme un roi du ciel des douceurs terrestres et charnelles, il regorge des consolations divines, praebebit delicias regibus (Gn 49, 20).

Il est même riche dans la gloire du ciel, quoique son corps n'y soit pas encore. Ce qui vaut l'or, on peut dire que c'est de l'or: aurum est quod aurum valet. De même ce qui vaut le ciel, on peut dire que c'est le ciel. Que vaut la pauvreté d'esprit? Le royaume des cieux, la gloire des cieux.

[8] 3º - Le vrai pauvre d'esprit a la possession de Dieu même dans son coeur. Quid enim gloriosus homini quam sua vendere et Christum emere? dit saint Augustin; qu'y a de plus glorieux à l'homme que de vendre son bien pour acheter Jésus? Ô l'heureuse vente, ô l'heureux achat. Nescit homo praetium ejus (Jb 28, 13). Sachez, mes chers frères, qu'aucun homme ne connaît le prix de votre pauvreté évangélique, semper ergo dives est christiana paupertas, quia plus est quod habet quam quod non habet; nec timet in hoc mundo indigentia laborare cui donatum est in omnium rerum Domino omnia possidere.

[9] Afin que vous augmentiez ce riche trésor de votre pauvreté et ce grand royaume que vous avez conquis, gardez ces trois pratiques:

[1º] - Premièrement, estimez beaucoup et chérissez tendrement la pauvreté réelle et affective que vous avez embrassée; personne ne devient riche avec plus de facilité et ne sait mieux user des richesses, dit un savant évêque, que le vrai pauvre d'esprit, sachant bien que les richesses ne servent qu'à rendre pauvres et misérables ceux qui les aiment en les possédant et qu'elles font vraiment riches et heureux ceux qui s'en défont par un saint et glorieux mépris: divitiae pauperem faciunt et miserum, si diligantur; beatum et divitem, si pro Christo  contemnantur (Umbertus).

Prenez donc garde de regarder derrière vous ce que vous avez laissé de patrimoine ou de bénéfice: nemo mittens manum ad aratrum et respiciens post se est aptus regno Dei (Lc 9, 62). Prenez garde de regarder à côté de vous avec envie mille biens ecclésiastiques ou autres, que vous pouvez justement obtenir comme tant d'autres, quae concupiscentiam proebent insensato (cf. Sg 15, 5).

[10] 2º - Expérimentez volontiers les effets de la pauvreté; savoir: 1. les travaux, ne mangeant votre pain qu'à la sueur de votre front, dans une chaire et un confessionnal; 2. les humiliations et les mépris qu'on fait ordinairement des pauvres ecclésiastiques; 3. les autres incommodités qui accompagnent la pauvreté, soit dans les vêtements, soit dans la nourriture, soit dans les logements, soit dans les fatigues et les voyages.

[11] 3º - Soupirez incessamment après les biens éternels et frappez à la porte de la miséricorde de Jésus-Christ, qui reconnaît et qui exauce pour sûr tous ceux qui sont revêtus des livrées de sa pauvreté. Le vrai pauvre d'esprit regarde le monde comme un désert affreux et en retire son coeur; il ne s'embarrasse point de ses affaires: nemo militans Deo implicat se negotiis (2 Tim 2, 4). Il ne rend à ses parents et ses amis du monde...



[De même donc qu'un voyageur pressé d'arriver à une royale cité vers laquelle il dirige sa course rapide, et qui, tout rempli de cette unique pensée, passe indifféremment sans s'arrêter à considérer la beauté des contrées qu'il traverse, ainsi le missionnaire, dégagé comme un saint François, marche à grande hâte vers la céleste Jérusalem. Uniquement épris des charmes de cette immortelle cité de paix et de gloire, il n'a des yeux que pour la contempler, et ne peut donner le nom de peine à ce qu'il lui en coûte pour arriver, ni le nom de plaisir à ce qui peut l'en détourner. Tel qu'un autre Paul, il ne considère pas les choses visibles mais les invisibles, parce que, se dit-il à lui-même, les choses visibles sont passagères et périssables, la mort les enlève quand on croit en jouir, souvent même on les perd avec déchirement avant la mort, tandis que les biens invisibles, ces biens ineffables que l'on ne goûte que dans la possession de Dieu, sont éternels.

Ainsi enfin, le missionnaire soutenu et encouragé par cette noble espérance qui repose au fond de son coeur, et persévérant dans sa sainte et sublime vocation, il aura le bonheur de pouvoir répéter avec confiance en mourant ces belles, ces consolantes paroles du plus zélé de tous les missionnaires de Jésus-Christ: bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi; in reliquo reposita est mihi corona justitiae, quam reddet mihi Dominus in illa die, justus judex (2 Tim 4, 7).]




 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu