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Bretagne

St. Louis-Marie > Sa vie

8° St Louis-Marie en Bretagne

«Missions paroissiales» et «retraites fermées» du «Missionnaire Apostolique»

«Sors de ton pays... va vers...»

A l'automne 1693, Louis Grignion, dans l'audace de ses 20 ans, franchissait le pont de Cesson, à la sortie de Rennes, pour gagner par "le pied, la route" le séminaire St Sulpice à Paris. A la Pentecôte 1700, il était ordonné prêtre. A l'automne 1706 (13 ans après), le voilà de retour au pays. Le Pape Clément XI, qu'il vient de consulter à Rome (un autre pèlerinage par "le pied, la route") lui a conféré les pouvoirs de "MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE" au service des diocèses de France dans la soumission aux évêques, pour "renouveler partout l'esprit du christianisme par le renouvellement des promesses du Baptême" (Grandet, 101).
Il reçoit une mission autre que celle qu'il avait désirée... Mais comment ne pas en faire "mémoire et souvenance" en ce moment de l'appel de Jean-Paul II : "France, qu'as-tu fait de ton Baptême ?"
Aux heures d'épreuves, le prêtre avait quêté la Sagesse... telle serait sa SAGESSE : vivre avec des sagesses quotidiennes qui, là encore, paraîtraient "folie". Qu'il chante donc avec cœur son Cantique du "Bon Missionnaire" (n° 91):
«Je cours parmi le monde
Comme un enfant perdu,
Ne voulant, quoiqu'on gronde,
Ni bien ni revenu.
En n'ayant rien,
Je possède tout bien.
Tout mon valant,
C'est d'être obéissant».

Telle est la 1ère des 33 strophes de ce "chant nouveau" qui permet de connaître "son intérieur" (il a été formé à St Sulpice, ne l'oublions pas).
«L'intérêt de Dieu même
Est mon propre intérêt,
Et je dis anathème
À ce qui lui déplaît...

Je vais sans équipage,
Mon bâton à la main,
Sans rien qui me soulage,
Mais aussi sans chagrin...

Je ne suis pas la mode,
Sinon celle des gueux ;
Partout je m'accommode
Et partage avec eux...

La croix est ma richesse,
La croix est mon plaisir,
La croix est ma maîtresse.
Ou souffrir ou mourir...»
(Cant.91, 7.10.20.32)

J’aime relire ce Cantique/programme de vie pour accompagner avec fruit quelques pas du "Missionnaire Apostolique", pour entreprendre ce pèlerinage "initiatique" sous la double bénédiction du Pontife romain et de l'archange Michel, "au péril de la mer"... où je risque de m'enliser dans les sables, de ne pas reconnaître "la route d'un envoyé de Dieu".
En cet automne 1706, voilà donc Louis Grignion, qui signe désormais "de Montfort", revenu sur ses "terres ancestrales"... Il y rejoint dans la communion des saints la procession des grands missionnaires bretons : Maunoir, Huby, Rigoleuc, Le Nobletz... et plus loin encore, le bienheureux Alain de la Roche et St Vincent Ferrier. Il entre dans la démarche passionnée des "missions paroissiales" selon la pastorale du 17ème siècle : St Vincent, St Jean Eudes... (cf. Catholicisme, t.9, "Missions paroissia ; Châtelier, la Religion des pauvres") : "J'avais dessein d'aller me former aux missions et particulièrement à faire le catéchisme aux pauvres gens, qui est mon grand attrait... Il me vient (comme à Paris) des désirs de m'unir à Mr Leuduger (de St Brieuc), grand missionnaire et homme de grande expérience", écrivait-il en décembre 1700. Par quels chemins ses pas ont-ils cheminé ?... Combien il est vrai qu’ "être saint, c'est devenir ce qu'on n'est pas !".
Avant de mettre mes pas dans les siens en ces mois d'expérience où il faudra "APPREN je me recueille avec le Cantique 91,23 :

«En tout lieu, je m'écrie :
Vive toujours Jésus, Vive toujours Marie
Dans mon coeur et rien de plus !
En n'ayant rien...
Je possède tout bien.
J'aime Jésus et Marie,
Et rien de plus».

La grande procession de cette 1ère année du «Missionnaire Apostolique»
"De Rennes, Mr de Montfort fut à Dinan... il logea chez MM. de la Mission" (nov. 1706). "Mr de Montfort trouva alors Mr Leuduger, grand vicaire de St Malo ; il demanda à lui être ASSOCIÉ et à quelques autres missionnaires de Bretagne qui travaillaient avec lui, ce qu'il obtint facilement" (1707) (Grandet, 109-112).

Organisons la grande procession :

Fin 1706 (à partir de novembre) :
* à Dinan et St Suliac : missions paroissiales.
* à Bécherel : retraite à plus de 200 personnes des Tiers Ordres de St François et de St Dominique.
* à Baulon, Le Verger et Merdrignac : missions paroissiales.

Février-mars 1707 :
* à La Chèze et Plumieux : missions paroissiales et reconstruction de la chapelle N-D de Pitié.
* à St Brieuc : "exercices de la retraite" à des Filles d'une Communauté séculière (les Filles de la Croix) et 5 ou 6 retraites pour toutes les femmes et filles de la ville, avec, en conclusion, une procession solennelle.
* à Montfort la Cane, sa paroisse natale : érection refusée d'un Calvaire et prophétie du missionnaire.
* à Moncontour (août-septembre 1707) : "ayant encouru la disgrâce de Mr Leudu il se retira à St Lazare".

Le missionnaire à l'œuvre :

"Il fait un choix dans l'équipe apostolique : faire le catéchisme aux enfants, préférant cet emploi à celui de prédicateur parce qu'il était moins éclatant aux yeux des hommes" (Grandet, 112). "Il savait que tout dépend des premiers principes qu'on donne à la jeunesse et que c'est là l'objet le plus important d'un zèle vraiment évangélique" (Besnard, 114).

Le missionnaire «associé»

S'il apprend à travailler en équipe, il conserve ses originalités que va souligner le biographe...
Alors ! Quelles STATIONS vais-je privilégier, moi, pauvre pèlerin d'une fin de siècle me sentant exhorté à entreprendre une "nouvelle évangélisation" ?

Quelques STATIONS

1ère station : Dinan

Le célèbre : "Ouvrez à Jésus-Christ". Pour ne pas déflorer la beauté évangélique du "fait-divers", citons le biographe : "Un soir, passant dans la rue, il (le P. de Montfort) y trouva un pauvre lépreux et tout couvert d'ulcères. Il n'attendit point que ce malheureux l'implorât, il lui parla le premier, le chargea sur ses épaules et s'avança ainsi jusqu'à la porte des missionnaires qui se trouvait fermée car il était un peu tard. Il frappa à la porte en criant à plusieurs reprises : «Ouvrez la porte à Jésus Christ». Et le voilà chargé de ce précieux fardeau, couchant ce pauvre dans son lit, le réchauffant... et lui, passa la nuit en prière..." (Besnard, 114).
Accompagnons notre contemplation de ces quelques lignes de Grandet : "Sa tendresse pour les pauvres, si je l'ose dire, est allée jusqu'à l'excès. Il les regardait comme un sacrement qui contient Jésus Christ caché sous leur extérieur rebutant. «Un pauvre», disait-il, «est un grand mystère : il faut savoir le pénétrer»" (Grandet, 354).
Il me semble que je dois demeurer là pour faire miens à la fois le geste, les sentiments intérieurs, la prière secrète et l'inénarrable qui s'opère en lui... cette semence qui va germer... des gestes de Poitiers à celui que nous venons de voir, à combien d'autres... aujourd'hui comme hier, comme toujours...
À Dinan, évoquons aussi son ministère auprès des soldats : "Il gagna la confiance des soldats par les démarches prévenantes de sa charité et il toucha leurs cœurs par la force et la véhémence de ses discours..." (Besnard, 115).
Là encore, ce geste en préparait combien d'autres, sans oublier le Cantique du "Bon Soldat" (n°95, 8) :

«C'est une de mes grandes lois
De me confesser tous les mois
Pour conserver la grâce.
Je dis par jour, ou plus souvent,
Mon chapelet dévotement.
Je prie Dieu soir et matin,
Faisant le soir mon examen.
Ma vie ainsi se passe».

2ème station : La Chèze

Ici, c'est son audace prophétique qui lui fait prendre rang dans la foulée de St Vincent Ferrier qui avait annoncé trois siècles plus tôt, devant les délabrements de la chapelle de N-D de la Croix et ne pouvant remédier à ce malheur : "Cette grande entreprise était réservée par le ciel à un homme que le Tout-Puissant ferait naître dans les temps reculés, homme qui viendrait en inconnu, homme qui serait beaucoup contrarié et bafoué, homme qui, cependant, avec le secours de la grâce, viendrait à boutée cette entreprise" (Besnard, 123).
Sagesse ou folie, tout apôtre n'est-il pas prophète, selon l'Écriture ? Et voilà la procession de 15 paroisses conduisant, depuis l'église de la Trinité Porhoït, la statue de Notre-Dame avec une piété rythmée par le Rosaire. On ne- peut manquer d'évoquer Pontchâteau, La Rochelle et le fameux "Frère Mathurin" qui s'exerçait ici à conduire, et avec quel art, une telle démarche de foi !

3ème station : St Brieuc

Le missionnaire, avec son compagnon refusé par le couvent où il doit donner une retraite, de dire : "Nous avons nos pauvres" et (avec quel tact, j'imagine) : "Vous donnez un bon repas à Mr de Montfort et vous refusez un morceau de pain qu'on vous demande au nom de Jésus Christ ; c'est manquer tout ensemble de foi et de charité".
Or, 20 ans plus tard les religieuses témoigneront non seulement de ses mortifications exceptionnelles mais aussi de "son intérieur" : "Son amour pour Dieu était si tendre, affectif et effectif... Il a exposé sa vie avec un courage sans pareil dans une rencontre pour faire cesser ce qui était occasion de péché... Il avait une si grande dévotion à la Sainte Vierge que nous la regardions comme lui tenant lieu de passion dominante" (Besnard, 136).
C'est à St Brieuc, en ce printemps 1707, qu'il fait sculpter une belle statue de la Vierge et un crucifix. N'ayant pu dresser un Calvaire dans sa paroisse natale, il le gardera pour une occasion favorable : ce sera à Pontchâteau où on le vénère encore (cf. Laveille).

4ème station : Moncontour

Il y fait preuve d'un "zèle fougueux" envers les joueurs de cornemuse qui animent les danses en disant : "Que tous ceux qui sont du parti de Dieu fassent comme moi et qu'ils se prosternent par terre pour apaiser la colère de Dieu". D'autre part, il refuse le crucifix béni par le Pape à "ces demoiselles aux atours trop mondains". Autre "saillie de zèle" (Blain), la disgrâce de Mr Leuduger à propos d'une quête : "Il éloigna Mr de Montfort de sa compagnie en lui déclarant qu'il ne voulait plus travailler avec lui" (Besnard, 142).

Apprendre à déchiffrer l'ESPACE

À l'automne 1707, le "Missionnaire Apostolique" se retrouve solitaire, ermite, sur la touche diocésaine. Cependant, "la Providence" lui a donné deux compagnons (car il n'est pas bon que le missionnaire soit seul) qui, avec lui, vont vivre presque 9 mois "l'expérience" ou "l'entreprise" (2 mots qui lui sont chers) de St Lazare : les pauvres, la prière contemplative, le Rosaire, les ministères "à la Providence" ou "à la carte" (oserait-on dire). Alors, reprenant son Cantique du "Bon Missionnaire", il l'affine en "Résolutions et prières d'un parfait et zélé missionnaire" (n°22, 29) :
«Donnez-moi, Seigneur, je vous prie,
Un zèle tout plein d'industrie ;
Montrez-moi toute vérité ;
Embrasez-moi d'une flamme nouvelle,
Enseignez-moi quelque secret
Qui rende l'homme plus parfait,
Plus circonspect (bis) et plus fidèle...».

Telle est aussi ma prière de pauvre Pèlerin...

Jean-Baptiste Rolandeau, Fr. de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 10, 24-27.


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