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La Rochelle

St. Louis-Marie > Sa vie

13° St Louis-Marie à La Rochelle

Qui est cet homme ?

Un soir de l'hiver 1712, deux voyageurs bien fatigués arrivent à La Rochelle. Il se fait tard. Que faire, sinon chercher un gîte ? Un aubergiste accueillant ouvre sa porte et offre aux deux étrangers un repas frugal et un lit. Mais... le lendemain, surprise désagréable pour l'hôtelier : ses visiteurs n'ont pas un sou... Qu'importe ! celui qui semble le chef explique à son hôte : «je vous rembourserai plus tard ; en attendant, je vous laisse engage mon bâton de voyage». Beau paiement en vérité ! Qui peut donc être ce voyageur original incapable de payer sa dette ? Eh bien ! tout simplement le P. de Montfort, accompagné de son inséparable Fr Mathurin. Sans plus attendre, il se dirige vers l'hôpital St Louis pour y célébrer la messe et se rend ensuite auprès des pauvres qu'il visite avec sa bonté habituelle, encourageant chacun personnellement.

La nouvelle de cette arrivée est bientôt connue à La Rochelle où la réputation du P. de Montfort l'a précédé. Par l'intermédiaire d'un Père jésuite, il est présenté à l'évêque du diocèse, Mgr Champflour. Celui-ci, illustre figure de l'épiscopat français de l'époque, est le grand ami de Mgr de Lescure, son voisin, évêque de Luçon. Ensemble ils luttent contre le jansénisme, l'une des plaies de l'Eglise de France. Dès la 1ère entrevue, ces deux personnalités remplies de charité évangélique se comprennent. Voici ce qu'écrit le P. de Clorivière : «Monsieur de Champflour était un prélat plein de zèle et de lumière qui voulait le bien et qui savait le discerner... Ce qu'il entrevit lui-même dans le missionnaire, dès la première fois que celui-ci se présenta devant lui, acheva de le persuader de la vérité des bons témoignages qu'on lui avait rendus. Il le regarda comme un homme que le ciel envoyait au secours de ses ouailles...». On pourrait se demander si Louis-Marie en a cru ses oreilles, lui qui avait été renvoyé de tant de diocèses !

La passion des missions

Pourvu de tous les pouvoirs, le P. de Montfort commence son apostolat rochelais auprès des pauvres si chers à son cœur. Sa 1ère mission, il veut la prêcher à l'hôpital St Louis. Une foule si nombreuse vient pour l'écouter qu'il est contraint de parler dans la cour. Dans cette population fortement imprégnée de protestantisme, des conversions se j dessinent déjà mais aussi des contradictions commencent à sourdre. Sa prédication ne laisse personne indifférent. Ce n'est cependant qu'un début. Il va bientôt mettre enjeu tous ses talents de missionnaire expérimenté entreprenant 3 missions importantes destinées à toutes les classes sociales de la ville : une pour les hommes, la seconde pour les femmes et la 3ème pour les soldats. Comme décor à sa prédication, il choisit» grande église des Dominicains.
Tous s'attendent à de savantes réfutations contre la doctrine protestante, mais le missionnaire préfère passer par la douce intercession de Marie et s'applique à inspirer à ses auditeurs la doctrine du Rosaire médité et à l'expliquer, comme il sait si bien le faire. Il marche sur les pas de Mgr de Champflour qui s'exprimait ainsi : «On ne saurait avoir trop de chants et de douceurs pour gagner les cœurs des frères égarés». Cette mission est un succès et suscite de nombreuses abjurations et conversions. Elle provoque également de terribles mécontentements, tant chez les «mondains» opposés au franc-parler du prédicateur, que chez les protestants. Nous verrons que leur colère les poussera jusqu'à préméditer un meurtre. A la mission des hommes succède celle des femmes, plus suivie et plus fructueuse encore. Besnard, témoin contemporain, écrit dans son style: «Toute la ville de La Rochelle fut touchée, émue, presque entièrement changée. Les pécheurs les plus endurcis venaient, au sortir du sermon, se jeter aux pieds du saint prédicateur... Les protestants eux-mêmes en furent frappés». Une conversion éclatante étonne encore davantage. Mme de Mailly, calviniste notoire, était une personne «de condition», comme on disait alors. Ayant quelques affaires à régler à La Rochelle, elle entend parler de ce prédicateur extraordinaire et décide de s'entretenir avec lui. Il se prête de bonne grâce à plusieurs entrevues et lui explique avec clarté et affabilité les vérités de la foi catholique.

La miséricorde divine, les prières et les pénitences du saint portent largement leurs fruits : la conversion de Mme de Mailly «fit une sensation des plus grandes» (Besnard). Le missionnaire n'arrête pas là son zèle. Il lui inspire une véritable dévotion pour la méditation des mystères du Rosaire qu'elle conservera toute sa vie et fera connaître dans la paroisse St Sulpice à Paris où elle demeurera ensuite. La 3ème mission ne tarde pas à suivre les 2 premières si fructueuses. Plus étonnante celle-là, parce que proposée aux soldats. Louis-Marie s'y consacre à fond et les militaires répondent à son attente : ils se présentent en foule aux prédications et certains n’hésitent pas à proclamer tout haut leur repentir. Le missionnaire les encourage par sa bonté, sa simplicité, se mêlant à eux dans les rues. Comme à la fin de chaque mission, une procession grandiose clôt les exercices. À la hardiesse du missionnaire répond l'audace des militaires. Grandet, autre contemporain, écrit à ce sujet : «Tous les soldats y marchèrent nu-pieds, tenant un crucifix dans une main et un chapelet dans l'autre. Un officier à leur tête, aussi pieds nus, portait une espèce de drapeau ou d'étendard de la croix. Tous chantaient les litanies de la Sainte Vierge...». Ce premier séjour à La Rochelle se termine par l'érection solennelle de deux croix aux portes de la ville. Une foule immense s'assemble pour prier et chanter : c'est un triomphe !

Menaces et persécutions

Ce triomphe ne va-t-il pas le payer, le missionnaire, qui a déjà subi tant d'avanies ? Oui ! car il dérange. Parmi les mondains, chez les protestants, la colère gronde. Tant de conversions et en si peu de temps ! Tant de «religionnaires» prêts à se tourner vers la doctrine catholique ! Tant d'ascendant sur tous les milieux sociaux de la ville ! D'autant plus qu'il demeure abrupt dans ses apostrophes publiques envers les adversaires qui osent l'affronter, qu'il ne craint aucunement d'entrer dans les lieux de plaisir, jugés indécents à ses yeux, pour en fustiger les clients. Bientôt, les accusations, les calomnies pleuvent. On jette sur ses imprécations un discrédit qui arrive jusqu'aux oreilles de l'évêque. Bien plus, on essaie d'attenter à sa vie : un soir, des hommes l'attendent dans une rue déserte pour le frapper à mort : une intuition providentielle l'arrête à temps... Une autre fois des calvinistes, croit-on, réussissent à verser du poison dans un bouillon qu'il s'apprête à boire. Bien que sauvé par un contre-poison pris à temps, il en gardera une santé fortement ébranlée jusqu'à la fin de sa vie.

Une conversion foudroyante

Absent de La Rochelle afin de donner des missions dans les alentours, le P. de Montfort y revient dès l'été 1712. Il commence aussitôt une retraite destinée aux hospitalières de St Augustin. Cependant, afin d'entretenir les germes de vie chrétienne jetés dans les cœurs l'année précédente, il veut qu'elle soit ouverte à tous. Rapidement, toute la ville accourt pour écouter le prédicateur dont on parle désormais dans les salons. Une jeune personne de la haute société rochelaise décide un jour d'aller s'amuser au sermon en provoquant le missionnaire.
Tout un groupe, prêt à bien rire, la suit. Mlle Bénigne Page se rend à l'église vêtue de façon peu décente et se place au 1er rang. Le P. de Montfort, après un regard de compassion vers cette auditrice visiblement si peu à sa place, monte en chaire, se surpasse et fait pleurer son auditoire. Bénigne elle-même ne peut retenir ses larmes. Après la cérémonie, elle a un long entretien avec Louis-Marie et dès le lendemain manifeste son intention d'entrer chez les Clarisses. Moqueries, supplications, cris de scandale ! Rien ne changera sa décision. Elle mènera dans son couvent, jusqu'à la fin de sa vie, une vie humble et fervente. Si ce changement de vie radical édifie de nombreuses personnes, spécialement des jeunes filles qui suivent sa trace, elle déchaîne une grande colère chez tous les mondains, ennemis jurés de ce prédicateur gênant. Pourtant, il devient de plus en plus directeur spirituel, guidant avec beaucoup de douceur et de discernement sur le chemin de la vie chrétienne et de la sainteté ceux qui se confient à lui.

Prière et recueillement

À ce pauvre qui n'a rien en propre et qui se donne à tous, quelques personnes chantables offrent un lieu de repos, humble demeure située dans le quartier St Eloi qui devient son «ermitage». Il refuse le peu de confort qu'on lui propose et se contente du minimum dans une pièce étroite ouvrant sur un jardin!
- là, il prie longuement Jésus Sagesse éternelle et incarnée, l'amour de sa vie!
- là, il se recueille et médite pour préparer ses sermons.
- là, il écrit l'un de ses chefs-d’œuvre : «le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge».
Lors de ses séjours à La Rochelle dans le mois suivants, il aimera retrouver ce lieu de calme, de sérénité et de contemplation. Cette habitation, vénérable pour les montfortains abrite désormais une communauté de Filles de la Sagesse qui, sur les pas de leur fondateur, travaillent à la pastorale dans la grandi cité de La Rochelle.

Tourné vers l'avenir

Soucieux de l'avenir spirituel des fidèle» qu'il a évangélisés durant ses missions! Louis-Marie prend soin de mettre suri pied des associations qui entretiendront leur foi et leur persévérance parfois fragiles! Ce sera son dernier et important travail apostolique dans cette ville lorsqu'il y reviendra l'année suivante. Il remarque aussi que les enfants des classes populaires ne sont pas instruits pour la plupart, faute d'écoles, il s'en entretient avec Mgr de Champflour qui a les mêmes préoccupations que lui. Ensemble, ils font des projets d'écoles charitables tant pour les garçons que pour les filles. Ces projets ne prendront corps qu'ai l'automne 1714 lorsque le missionnaire sera de retour après des voyages épuisants! Quelques mois plus tard, il appellera les 2 premières Filles de la Sagesse à qui il confiera la direction de l'école gratuite des petites filles. C'est avec elles que nous le retrouverons pour ces derniers mois passés à La Rochelle.
(à suivre)

Sr Marie-Claire Vienne! f.d.l.s)
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 7, 18-20.


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