Lettre 2003 - FRATERNITÉ MARIALE MONTFORTAINE

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Lettre 2003

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LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX RELIGIEUX ET AUX RELIGIEUSES
DES CONGRÉGATIONS MONTFORTAINES


À l'occasion du 160ème anniversaire de la publication
du "Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge"




Un texte classique de la spiritualité mariale

1.Il y a cent soixante ans était publiée une œuvre destinée à devenir un classique de la spiritualité mariale. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge au début du dix-huitième siècle, mais le manuscrit est resté pratiquement inconnu pendant plus d'un siècle. Lorsqu'enfin, presque par hasard, il a été découvert en 1842 et publié en 1843, il a connu un succès immédiat, se révélant être une œuvre d'une efficacité extraordinaire pour la diffusion de la "vraie dévotion" à la Très Sainte Vierge. En ce qui me concerne, la lecture de ce livre m'a été d'un grand secours dans ma jeunesse : "j'y trouvai la réponse à mes doutes", dus à la crainte que le culte pour Marie "développé excessivement, finisse par compromettre la suprématie du culte dû au Christ" (Ma vocation, don et mystère, pg. 42). Sous la sage conduite de saint Louis-Marie de Montfort, j'ai compris que, si l'on vit le mystère de Marie dans le Christ, un tel risque ne subsiste pas. La pensée mariologique du saint, en effet, "s'enracine dans le Mystère trinitaire et dans la vérité de l'Incarnation du Verbe de Dieu." (ibid.).

L'Église, depuis ses origines, et spécialement aux moments les plus difficiles, a contemplé avec une particulière intensité l'un des événements de la Passion de Jésus-Christ rappelé par saint Jean : "Près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : 'Femme, voici ton fils'. Puis il dit au disciple : 'Voici ta mère.' Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui." (Jn 19.25-27).

Tout au long de son histoire, le Peuple de Dieu a expérimenté ce don fait par Jésus sur la croix : le don de sa Mère. La Vierge Marie est vraiment notre Mère, qui nous accompagne dans notre pèlerinage de foi, d'espérance et de charité, vers l'union toujours plus intense avec le Christ, unique sauveur et médiateur du salut (cf. Const. Lumen Gentium, 60 and 62).

Comme on le sait, dans mes armoiries épiscopales, qui sont l'illustration symbolique du texte évangélique que nous venons de citer, la devise Totus tuus s'inspire de la doctrine de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (cf. Ma vocation, don et mystère, pg 42; Rosarium Virginis Mariae, 15). Ces deux mots expriment l'appartenance totale à Jésus par Marie : "Tuus totus ego sum, et omnia mea tua sunt," écrit saint Louis-Marie, et il traduit : "Je suis tout à vous, et tout ce que j'ai vous appartient, ô mon aimable Jésus, par Marie, votre sainte Mère." (Traité de la vraie dévotion, 233). La doctrine de ce Saint a exercé une profonde influence sur la dévotion mariale de nombreux fidèles et sur ma propre vie. Il s'agit d'une doctrine vécue, d'une remarquable profondeur ascétique et mystique, exprimée dans un style vivant et ardent, qui a souvent recours à des images et à des symboles. Depuis l'époque où vivait saint Louis-Marie, la théologie mariale s'est cependant beaucoup développée, grâce surtout à l'apport décisif du Concile Vatican II. La doctrine montfortaine doit donc être relue et interprétée aujourd'hui à la lumière du Concile, tout en gardant substantiellement la même valeur.

Dans cette Lettre, je voudrais partager avec vous, Religieux et Religieuses des Congrégations montfortaines, la méditation de quelques passages des écrits de saint Louis-Marie, afin qu'ils nous aident en ces moments difficiles à nourrir notre confiance dans la médiation maternelle de la Mère du Seigneur.


Ad Jesum per Mariam

2.Saint Louis-Marie propose avec une vigueur particulière la contemplation amoureuse du mystère de l'Incarnation. La vraie dévotion à Marie est christocentrique. En effet, comme l'a rappelé le Concile Vatican II, "l'Église, en songeant pieusement à elle (à Marie) et en la contemplant dans la lumière du Verbe fait homme, pénètre plus avant, pleine de respect, dans les profondeurs du mystère de l'Incarnation." (Const. Lumen Gentium, 65).

L'amour pour Dieu, par l'union à Jésus-Christ, est la finalité de toute dévotion authentique, parce que - comme l'écrit saint Louis-Marie - le Christ "est notre unique maître qui doit nous enseigner, notre unique Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique chef auquel nous devons être unis, notre unique modèle auquel nous devons nous conformer, notre unique médecin qui doit nous guérir, notre unique pasteur qui doit nous nourrir, notre unique voie qui doit nous conduire, notre unique vérité que nous devons croire, notre unique vie qui doit nous vivifier et notre unique tout en toutes choses qui doit nous suffire." (Traité de la vraie dévotion, 61).

3.La dévotion à la Sainte Vierge est un moyen privilégié "pour trouver Jésus-Christ parfaitement et l'aimer tendrement et le servir fidèlement" (Traité de la vraie dévotion, 62). Ce désir fondamental d' "aimer tendrement" se dilate aussitôt en une prière ardente à Jésus, demandant la grâce de participer à l'indicible communion d'amour qui existe entre Lui et sa Mère. La totale relativité de Marie au Christ, et en Lui à la Très Sainte Trinité, est d'abord expérimentée dans cette observation : "Vous ne pensez jamais à Marie, que Marie, en votre place, ne pense à Dieu ; vous ne louez ni n'honorez jamais Marie, que Marie avec vous ne loue et n'honore Dieu. Marie est toute relative à Dieu, et je l'appellerais fort bien la relation de Dieu, qui n'est que par rapport à Dieu, ou l'écho de Dieu, qui ne dit et ne répète que Dieu. Si vous dites Marie, elle dit Dieu. Sainte Élisabeth loua Marie et l'appela bienheureuse de ce qu'elle avait cru ; Marie, l'écho fidèle de Dieu, entonna: Magnificat anima mea Dominum : Mon âme glorifie le Seigneur. Ce que Marie a fait en cette occasion, elle le fait tous les jours ; quand on la loue, on l'aime, on l'honore ou on lui donne, Dieu est loué, Dieu est aimé, Dieu est honoré, on donne à Dieu par Marie et en Marie." (Traité de la vraie dévotion, 225).

C'est encore dans la prière à la Mère du Seigneur que saint Louis-Marie exprime la dimension trinitaire de sa relation avec Dieu : "Je vous salue Marie, Fille bien-aimée du Père Éternel; je vous salue, Marie, Mère admirable du Fils; je vous salue, Marie, Épouse très fidèle du Saint Esprit!" (Secret de Marie, 68). Cette expression traditionnelle, déjà utilisée par saint François d'Assise (cf. Fonti Francescane, 281), même si elle contient des niveaux d'analogie divers, est sans aucun doute puissante pour exprimer en quelque sorte la participation particulière de Vierge Marie à la vie de la Très Sainte Trinité.

4.Saint Louis-Marie contemple tous les mystères à partir de l'Incarnation, qui s'est réalisée au moment de l'Annonciation. Ainsi, dans le Traité de la vraie dévotion, Marie apparaît comme " le vrai paradis terrestre du nouvel Adam ", la " terre vierge et immaculée " dont il a été formé (n° 261). Elle est aussi la nouvelle Ève, associée au nouvel Adam dans l'obéissance qui répare la désobéissance originelle de l'homme et de la femme (cf. ibid., 53 ; Saint Irénée, Adversus hæreses, III, 21, 10-22, 4). C'est par cette obéissance que le Fils de Dieu entre dans le monde. La Croix elle-même est déjà mystérieusement présente au moment de l'Incarnation, à l'instant de la conception de Jésus dans le sein de Marie. En effet, l'ecce venio de la Lettre aux Hébreux (cf. 10.5-9) est le premier acte d'obéissance du Fils au Père, c'est déjà l'acceptation de son Sacrifice rédempteur "en entrant dans le monde".

"Toute notre perfection - écrit saint Louis-Marie Grignion de Montfort - consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus-Christ, la plus parfaite de toutes les dévotions est sans difficulté celle qui nous conforme, unit et consacre le plus parfaitement à Jésus-Christ. Or, Marie étant la plus conforme à Jésus-Christ de toutes les créatures, il s'ensuit que, de toutes les dévotions, celle qui consacre et conforme le plus une âme à Notre-Seigneur est la dévotion à la Très Sainte Vierge, sa sainte Mère, et que plus une âme sera consacrée à Marie, plus elle le sera à Jésus-Christ." (Traité de la vraie dévotion, 120). S'adressant à Jésus, saint Louis-Marie exprime combien est merveilleuse l'union entre le Fils et la Mère : "elle est tellement transformée en vous par la grâce qu'elle ne vit plus, qu'elle n'est plus; c'est vous seul, mon Jésus, qui vivez et régnez en elle... Ah! si on connaissait la gloire et l'amour que vous recevez en cette admirable créature... Elle vous est si intimement unie... elle vous aime plus ardemment et vous glorifie plus parfaitement que toutes vos autres créatures ensemble." (ibid., 63).


Marie, membre éminent du Corps mystique et Mère de l'Église

5.Selon les paroles du Concile Vatican II, Marie "est saluée du nom de membre suréminent et tout à fait singulier de l'Église, de figure et de modèle admirable de l'Église dans la foi et dans la charité." (Const. Lumen Gentium, 53). La Mère du Rédempteur elle aussi est rachetée par lui, d'une manière unique dans sa conception immaculée, et elle nous a précédés dans cette écoute croyante et aimante de la Parole de Dieu qui rend bienheureux (cf. ibid., 58). Pour cela aussi, Marie "est liée intimement à l'Église… La Mère de Dieu est la figure (typus) de l'Église, comme l'enseignait déjà saint Ambroise, et cela dans l'ordre de la foi, de la charité et de l'union parfaite avec le Christ. En effet, dans le mystère de l'Église, qui reçoit, elle aussi, avec raison, les noms de Mère et de Vierge, la bienheureuse Vierge Marie est venue la première, offrant d'une manière éminente et singulière le modèle de la Vierge et de la Mère" (ibid., 63). Ce même Concile contemple Marie comme Mère des membres du Christ (cf. ibid., 53; 62) et c'est ainsi que Paul VI l'a proclamée Mère de l'Église. La doctrine du Corps mystique, qui exprime de la manière la plus forte l'union du Christ et de l'Église, est aussi le fondement biblique de cette affirmation : "Le chef et les membres naissent d'une même mère" (Traité de la vraie dévotion, 32), nous rappelle saint Louis-Marie. En ce sens, nous disons que, par l'œuvre du Saint-Esprit, les membres sont unis et conformés au Christ Tête, Fils du Père et de Marie, d'une manière telle qu'il faut qu' "un vrai enfant de l'Église ait Dieu pour père et Marie pour mère" (Secret de Marie, 11).

Dans le Christ, Fils unique, nous sommes réellement enfants du Père et, en même temps, enfants de Marie et de l'Église. Dans la naissance virginale de Jésus, c'est en quelque sorte toute l'humanité qui renaît. À la Mère du Seigneur, "on peut appliquer plus véritablement que saint Paul ne se les applique, ces paroles : 'Mes petits enfants, vous que j'enfante à nouveau dans la douleur jusqu'à ce que le Christ ait pris forme chez vous' (cf. Ga 4.19). J'enfante tous les jours les enfants de Dieu, jusqu'à ce que Jésus-Christ mon Fils ne soit formé en eux dans la plénitude de son âge" (Traité de la vraie dévotion, 33). Cette doctrine trouve sa plus belle expression dans cette prière: "O Saint-Esprit!, donnez-moi une grande dévotion et un grand penchant vers votre divine Épouse, un grand appui sur son sein maternel et un recours continuel à sa miséricorde, afin qu'en elle vous formiez en moi Jésus-Christ" (Secret de Marie, 67).

L'une des expressions les plus éminentes de la spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort se réfère à l'identification du fidèle avec Marie dans son amour pour Jésus, dans son service de Jésus. En méditant le texte bien connu de saint Ambroise: Que l'âme de Marie soit en chacun pour glorifier le Seigneur ; que l'esprit de Marie soit en chacun pour se réjouir en Dieu (Expos. in Luc., 12, 26 : PL 15, 1561), il écrit: "Qu'une âme est heureuse quand... elle est toute possédée et gouvernée par l'esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond! " (Traité de la vraie dévotion, 258). L'identification mystique avec Marie est toute dirigée vers Jésus, comme l'exprime dans cette prière : "Enfin, ma très chère et bien-aimée Mère, faites, s'il se peut, que je n'aie point d'autre esprit que le vôtre pour connaître Jésus-Christ et ses divines volontés ; que je n'aie point d'autre âme que la vôtre pour louer et glorifier le Seigneur ; que je n'aie point d'autre cœur que le vôtre pour aimer Dieu d'un amour pur et d'un amour ardent comme vous" (Secret de Marie, 68).


La sainteté, perfection de la charité

6.La Constitution Lumen Gentium dit encore : "Tandis que l'Église a déjà atteint dans la très bienheureuse Vierge la perfection, par quoi elle est sans tache et sans ride (cf. Ep 5, 27), les fidèles tâchent encore de croître en sainteté en triomphant du péché. Aussi lèvent-ils les yeux vers Marie : elle brille comme un modèle de vertu pour toute la communauté des élus." (nº 65). La sainteté est la perfection de la charité, de cet amour pour Dieu et le prochain qui est l'objet du plus grand commandement de Jésus (cf. Mt 22, 38) et aussi le plus grand don de l'Esprit Saint (cf. 1 Co 13, 13). Ainsi, dans ses Cantiques, saint Louis-Marie présente successivement aux fidèles l'excellence de la charité (Cant. 5), les lumières de la foi (Cant. 6) et la fermeté de l'espérance (Cant. 7).

Dans la spiritualité montfortaine, le dynamisme de la charité s'exprime particulièrement à travers le symbole de l'esclavage d'amour pour Jésus, à l'exemple et avec l'aide maternelle de Marie. Il s'agit de la totale communion à la kénose du Christ : communion vécue avec Marie, intimement présente aux mystères de la vie de son Fils. "Il n'y a rien parmi les hommes qui nous fasse plus appartenir à un autre que l'esclavage ; il n'y a rien aussi parmi les chrétiens qui nous fasse plus absolument appartenir à Jésus-Christ et à sa sainte Mère que l'esclavage de volonté, selon l'exemple de Jésus-Christ même, qui a pris la forme d'esclave pour notre amour: Formam servi accipiens, et de la Sainte Vierge, qui s'est dite la servante et l'esclave du Seigneur. L'Apôtre s'appelle par honneur 'servus Christi'. Les chrétiens sont appelés plusieurs fois dans l'Écriture sainte 'servi Christi'" (Traité de la vraie dévotion, 72). En effet, le Fils de Dieu, venu au monde par obéissance au Père dans l'Incarnation (cf. He 10, 7), s'est ensuite humilié en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix (cf. Ph, 2, 7-8). Marie a correspondu à la volonté de Dieu par le don total d'elle-même, corps et âme, pour toujours, de l'Annonciation à la Croix et de la Croix à l'Assomption. Entre l'obéissance du Christ et l'obéissance de Marie, il y a, certes, une asymétrie déterminée par la différence ontologique qui existe entre la Personne divine du Fils et la personne humaine de Marie et d'où provient l'exclusivité de l'efficacité salvifique de l'obéissance du Christ. C'est de cette obéissance première du Christ que sa Mère elle-même a reçu la grâce de pouvoir obéir à Dieu d'une manière totale et collaborer ainsi à la mission de son Fils.

L'esclavage d'amour, doit donc être compris à la lumière du merveilleux échange entre Dieu et l'humanité dans le mystère du Verbe incarné. C'est un véritable échange d'amour entre Dieu et sa créature dans la réciprocité du don total de soi-même. "L'esprit de cette dévotion... est de rendre une âme intérieurement dépendante et esclave de la très Sainte Vierge et de Jésus par elle." (Secret de Marie, 44). Paradoxalement, ce "lien de charité", cet "esclavage d'amour", rend l'homme pleinement libre, de la vraie liberté des enfants de Dieu (cf. Traité de la vraie dévotion, 169). Il s'agit de se remettre totalement à Jésus, en réponse à l'Amour avec lequel il nous a aimés le premier. Celui qui vit dans un tel amour peut dire comme saint Paul : "Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi." (Ga 2, 20).


Le 'pèlerinage de la foi'

7.J'ai écrit dans Novo millennio ineunte: "On ne parvient vraiment à Jésus que par la voie de la foi" (n° 19). C'est précisément cette voie que Marie a suivie tout au long de sa vie terrestre, et c'est la voie de l'Église en pèlerinage jusqu'à la fin des temps. Le Concile Vatican II a beaucoup insisté sur la foi de Marie, partagée mystérieusement par l'Église, mettant en lumière l'itinéraire de Marie du moment de l'Annonciation jusqu'au moment de la Passion rédemptrice (cf. Const. Lumen Gentium, 57 and 67; Encyclique Redemptoris Mater, 25-27).

Dans les écrits de saint Louis-Marie, nous trouvons le même accent sur la foi vécue par la Mère de Jésus sur un chemin qui va de l'Incarnation à la Croix, une foi dans laquelle Marie est modèle et figure de l'Église. Saint Louis-Marie exprime cela avec une grande richesse de nuances quand il expose à ses lecteurs les "effets merveilleux" de la parfaite dévotion à Marie: "Plus donc vous gagnerez la bienveillance de cette auguste Princesse et Vierge fidèle, plus vous aurez de pure foi dans toute votre conduite: une foi pure, qui fera que vous ne vous soucierez guère du sensible et de l'extraordinaire; une foi vive et animée par la charité, qui fera que vous ne ferez vos actions que par le motif du pur amour; une foi ferme et inébranlable comme un rocher, qui fera que vous demeurerez ferme et constant au milieu des orages et des tourmentes; une foi agissante et perçante, qui, comme un mystérieux passe-partout, vous donnera entrée dans tous les mystères de Jésus-Christ, dans les fins dernières de l'homme et dans le cœur de Dieu même; une foi courageuse, qui vous fera entreprendre et venir à bout de grandes choses pour Dieu et le salut des âmes, sans hésiter; enfin, une foi qui sera votre flambeau enflammé, votre vie divine, votre trésor caché de la divine Sagesse, et votre arme toute-puissante dont vous vous servirez pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour embraser ceux qui sont tièdes et qui ont besoin de l'or embrasé de la charité, pour donner la vie à ceux qui sont morts par le péché, pour toucher et renverser, par vos paroles douces et puissantes, les cœurs de marbre et les cèdres du Liban, et enfin pour résister au diable et à tous les ennemis du salut." (Traité de la vraie dévotion, 214).

Comme saint Jean de la Croix, saint Louis-Marie insiste surtout sur la pureté de la foi et sur son obscurité essentielle et souvent douloureuse (cf. Secret de Marie, 51-52). C'est la foi contemplative qui, renonçant aux choses sensibles ou extraordinaires, pénètre dans les profondeurs mystérieuses du Christ. Ainsi, dans sa prière, saint Louis-Marie s'adresse à la Mère du Seigneur en disant : "Je ne vous demande ni visions, ni révélations, ni goûts, ni plaisirs même spirituels... Ici-bas, je ne veux point d'autre part que celle que vous avez eue, savoir: de croire purement, sans rien goûter ni voir" (ibid., 69). La Croix est le moment culminant de la foi de Marie, comme je l'écrivais dans l'Encyclique Redemptoris Mater: "Par une telle foi, Marie est unie parfaitement au Christ dans son dépouillement... C'est là, sans doute, la kenose de la foi la plus profonde dans l'histoire de l'humanité" (n° 18).


Signe de sûre espérance

8.L'Esprit Saint invite Marie à "se reproduire" dans ses élus, en jetant en eux les racines de sa "foi invincible", mais aussi de son "espérance ferme" (cf. Traité de la vraie dévotion, 34). Le Concile Vatican II l'a rappelé : "Si la Mère de Jésus, déjà glorifiée au ciel en son corps et en son âme, est l'image et le commencement de ce que sera l'Église en sa forme achevée, au siècle à venir, eh bien! sur la terre, jusqu'à l'avènement du jour du Seigneur, elle brille, devant le Peuple de Dieu en marche, comme un signe d'espérance certaine et de consolation." (Const. Lumen Gentium, 68). Saint Louis-Marie évoque cette dimension eschatologique particulièrement quand il parle des "saints des derniers temps", formés par la Sainte Vierge pour apporter dans l'Église la victoire du Christ sur les forces du mal (cf. Traité de la vraie dévotion, 49-59). Il ne s'agit nullement d'une forme de "millénarisme", mais du sens profond du caractère eschatologique de l'Église, lié à l'unicité et à l'universalité salvifique de Jésus-Christ. L'Église attend la venue glorieuse de Jésus à la fin des temps. Comme Marie et avec Marie, les saints sont dans l'Église et pour l'Église, pour faire resplendir sa sainteté, pour étendre jusqu'aux extrémités du monde et jusqu'à la fin des temps l'œuvre du Christ, unique Sauveur.

Dans l'antienne du Salve Regina, l'Église appelle la Mère de Dieu "notre Espérance". Le même expression est employée par saint Louis-Marie à partir d'un texte de saint Jean Damascène qui applique à Marie le symbole biblique de l'ancre (cf. Hom. 1a Dorm. B.V.M., 14 ; PG 96, 719): "Nous attachons les âmes à votre espérance comme à une ancre ferme. C'est à elle que les saints qui se sont sauvés se sont le plus attachés et ont attaché les autres, afin de persévérer dans la vertu. Heureux donc et mille fois heureux les chrétiens qui, maintenant, s'attachent fidèlement et entièrement à elle comme à une ancre ferme." (Traité de la vraie dévotion, 175). Par la dévotion à Marie, Jésus lui-même "élargit le cœur par une sainte confiance en Dieu, le faisant regarder comme son père et lui inspirant un amour tendre et filial" (ibid., 169).

Avec la Sainte Vierge Marie, avec le même cœur de mère qu'elle, l'Église prie, espère et intercède pour le salut de tous les hommes. Ce sont les dernières lignes de la Constitution Lumen Gentium: "Que tous les fidèles adressent avec instance des prières à la Mère de Dieu et à la Mère des hommes, elle qui entoura de ses prières les débuts de l'Église, et qui, maintenant, est exaltée au-dessus de tous les bienheureux et de tous les anges, oui, qu'ils la prient d'intercéder, en union avec tous les saints, auprès de son Fils, jusqu'à ce que toutes les familles des peuples, qu'elles soient marquées du nom chrétien ou qu'elles ignorent encore leur Sauveur, soient réunies heureusement dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu pour la gloire de la très sainte et indivisible Trinité!" (n° 69).

En formulant de nouveau ce souhait que, avec les autres Pères Conciliaires, j'ai exprimé il y a bientôt quarante ans, j'envoie à toute la Famille montfortaine une spéciale Bénédiction Apostolique.


Du Vatican, le 8 décembre 2003, en la Solennité de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie.

Jean-Paul II



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