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Mervent

St. Louis-Marie > Sa vie

16 St Louis-Marie à Mervent

Une forêt.., une fée..., un saint..., une grotte !

La forêt de Mervent-Vouvant est placée sur 2 communes, Mervent et Vouvant. Elle est située tout près de la vieille capitale du bas Poitou : Fontenay le Comte.
Elle a environ 3.000 ha et c'est la plus belle du Poitou. Ici, tout est beau, tout est captivant : les rochers jetés ça et là dans la nature, les massifs des grands arbres qui forment de vraies cathédrales de verdure, les bouquets de sapins odoriférants, les bouleaux à écorce blanche, les hêtres séculaires, les chênes au tronc noueux... Et puis ces 2 ruisseaux capricieux : «la Mère» et «le Vent», qui donnent un nom au pays (Mervent), fuient à travers les vergers, les saules et les arbustes avant de se perdre dans la Vendée...

Rien d'étonnant qu'hier comme aujourd'hui des centaines de visiteurs y viennent dès qu'il fait beau, surtout le dimanche et les jours de fête, pour passer un après-midi en famille, faire un pique-nique ou une partie de pétanque dans les multiples clairières égayées par le gazouillement des fauvettes et la virevolte des pinsons et des rouge-gorge... Quant à la fée Mélusine, qui était célèbre au temps de la chevalerie et dans les légendes du Moyen-âge, on dit que son pouvoir magique faisait surgir comme par enchantement des tours, des villes, des églises et des châteaux. De la fée bâtisseuse on montre à Vouvant les restes glorieux de la Tour Mélusine... C'est dans ce contexte féerique que le «Père Montfort» (c'est l'expression usuelle de Mervent) va prêcher des missions à Fontenay le Comte, Vouvant et Mervent... Il restaure les églises, guérit les malades, met la paix dans les âmes et - la tradition est solide - fait mûrir des cerises au cœur de l'hiver...

Entre-temps, comme il l'avait fait à St Lazare et à St Éloi, il se trouve un «ermitage» pour un temps prolongé de réflexion, de travail et de prière... C'est l'histoire de la grotte de Mervent. Cet ermitage est, je pense, le plus célèbre, et après 280 ans, il est resté dans la mémoire des populations. Au cours des mois d'été, par centaines, jeunes et moins jeunes suivent les indications «la grotte» et grimpent jusqu'à l'excavation creusée dans le flanc d'une roche abrupte... En se retournant, ils peuvent deviner tout en bas un ruisseau : «la Mère» qui, dans ces années, s'est enrichie d'un beau plan d'eau... À mi-côte, on distingue une source limpide : «la fontaine du P. de Montfort» où la piété populaire vient chercher une faveur spirituelle ou temporelle.

L'ermite-chansonnier a chanté les charmes de ce lieu : 34 couplets sur un air du temps (C 157 : «Cantique nouveau sur la solitude»).

Voici des bois et des coteaux,
une fontaine et des ruisseaux,
Une grotte loin des hameaux.
Loin du monde en cet ermitage,
Cachons-nous pour servir Dieu...
Les rochers prêchent la constance,
Les bois la fécondité, les eaux la pureté,
Et les oiseaux la diligence...

Le P. de Montfort gagne la confiance des Mervendais. Il n'a pas de mal à entraîner une centaine d'entre eux pour creuser un peu plus le rocher, tracer un jardin au-dessus de la grotte et aménager une fontaine afin de retenir les eaux de la source. Et notre ermite s'installe dans la grotte-aux-faons avec son modeste ameublement de solitaire : une couchette, une table, une chaise... Il aurait voulu élever là un calvaire et bâtir une chapelle.. Il n'a pu réaliser son rêve mais tout cela existe maintenant. Les tracasseries de l'administration forestière ne lui permettent pas de demeurer dans son ermitage plus de quelques semaines en juillet, septembre et octobre 1715. Mais la grotte du P. de Montfort n'a jamais été oubliée, pas même au temps mauvais de la Révolution : lieu de pèlerinage ou de messes clandestines... Sait-on qu'en ce temps-là (le 22 prairial an VII), l'administration centrale enjoint à celle de Foussais de faire disparaître tous les signes extérieurs de religion qui se trouvent aux abords de la fontaine et de la grotte ? L'orage est passé et le souvenir du P. de Montfort est toujours là. Plusieurs générations sont venues se prosterner devant cette humble grotte. La mémoire du saint missionnaire attire toujours les pèlerins qui sont venus et continuent de venir en familles, en paroisse, et individuellement par dévotion personnelle...
Le P. Ernest Candolive, dans son livre : «La forêt de Mervent-Vouvant et la grotte du P. de Montfort» (pp.163-164, 1927) nous dit que le 8 septembre 1873 Mgr Colet, évêque de Luçon, y conduit ses diocésains au nombre de 8.000. Le 21 mai 1877, son successeur, Mrg Lecoq, en conduit près de 30.000. Les chiffres du pèlerinage annuel du 2ème dimanche de septembre sont beaucoup plus modestes. Mais quand on y récite le chapelet ou que l'on processionne avec le Saint Sacrement dans le «jardin du P. Montfort», aujourd'hui comme autrefois on sent qu'«un saint est passé par là !». Le 11 septembre 1994, quand les pèlerins ont entendu la 1ère partie de l'Ave Maria en 5 langues différentes (Italie, Croatie, Malawi, Madagascar, Burundi), une réflexion est spontanément venue : «Notre ermite de Mervent a depuis longtemps franchi les frontières et, par ses fils et ses filles, il œuvre maintenant aux quatre coins du monde».
Que vient-on chercher dans cette «grotte du P. Montfort» ou à la petite chapelle plus accessible aux pèlerins du 3ème âge ? Il n'est que de parcourir le cahier des intentions qui se trouve en permanence sur l'autel de la chapelle... Souvent, le dimanche, nous y empruntons une partie de notre prière universelle. Il y a les grandes intentions de l'Église et du monde : la paix au Rwanda, en Bosnie, en Haïti... ; la foi chez les jeunes ; la paix dans les foyers... Et puis il y a la multitude variée des intentions personnelles : «la santé de ma petite-fille, du travail pour mon grand garçon, la réussite aux examens tout proches, une belle vocation pour un membre de ma famille...». Et puis l'action de grâce : «merci, P. de Montfort, pour une guérison inespérée ! Merci pour la paix revenue dans notre foyer... Enfin, j'ai trouvé du travail : merci P. de Montfort I». Un jour, au sortir de la messe dominicale, une personne vient me trouver et me dire : «Vous avez mentionné plusieurs intentions confiées au P. de Montfort. Je dois vous dire que je suis l'un de ses miraculés. J'ai pour lui une grande dévotion. Je l'ai prié. Il m'a guéri de façon inespérée...».

En concluant la rapide évocation de ce lieu si cher à la piété populaire, un souhait vient spontanément à l'esprit. Des centaines de pèlerins et de touristes visitent tout l'été la grotte, la chapelle et la fontaine du P. de Montfort. Ces gens viennent de la région de Fontenay, de La Rochelle, de Niort... mais aussi d'un peu partout en Europe car la forêt et le patrimoine historique de Vouvant et de Mervent attirent beaucoup de monde... Alors, la question est posée à des jeunes et à des moins jeunes du «pays» : «Ne pourrais-tu pas donner un peu de ton temps, l'été prochain, pour accueillir et guider les pèlerins et les touristes qui viennent à la grotte du P. de Montfort ?».

P. Marcel Gendrot, montfortain
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 10, 22-23.


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