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Montfort s/Meu-Iffendic

St. Louis-Marie > Sa vie

1° Etape initiatique : Montfort s/Meu-Iffendic

Le prêtre Louis Grignion, "missionnaire apostolique" (St Louis-Marie Grignion de Montfort depuis 1947) est né à Montfort la Cane - Montfort s/Meu aujourd'hui - le 31 janvier 1673, sous le règne de Louis XTV. Il est le second enfant des époux Grignion, mariés le 10 février 1671 en l'église de Toussaints, à Rennes.

La maison natale

La maison natale, rue de la Saulnerie, est un bien familial. Louis est le second du foyer qui comptera 18 enfants (dont beaucoup mourront car au 18ème siècle le taux de mortalité est très élevé). L'aîné, mort à cinq mois, portait le prénom du papa. Louis est baptisé le 1er février à l'église Saint Jean, disparue depuis, mais à l'hôtel de ville on conserve le certificat de baptême. Sitôt baptisé, il est placé "en nourrice" chez la "mère André" à la Bachelleraye, ferme appartenant à la famille.
La maison des Grignion est située rue de la Saulnerie, une des deux rues importantes de la petite cité cernée de murailles, autour de son donjon. La maison est toujours-là, restaurée pour demeurer accueillante aux visiteurs :
des touristes guidés par le syndicat l'initiative ou des pèlerins de "toute race et nation" venant vénérer un "lieu saint".
Ici commence l'itinéraire humain, chrétien, "missionnaire", d'un "routier de l'Évangile", d'un "fou de l'Évangile", qui nous accompagne encore aujourd'hui sur nos routes d'église. La cheminée dépassant du toit porte bien en vue une date : 1667, date probable d'une restauration.
Avocat et fils de notaire, Jean-Baptiste Grignion, le père de Louis, appartient à une famille établie à Montfort la Cane depuis seulement quelques générations. Eustache Grignion, son père, était maire et le premier l'une lignée qu'on appellera "noble". Jeanne robert, "demoiselle des Chesnais" est fille d'un échevin de Rennes et sœur de trois prêtres.
"Famille noble et peu accommodée", écrit le Supérieur du séminaire de Saint Sulpice à Paris. Le premier biographe de la famille, Grandet, notera que les Grignion sont "très peu accommodés des biens de la fortune".

Dans cette maison restaurée, aménagée par la famille montfortaine en sanctuaire du
souvenir de cette heure unique en chaque vie : la naissance dans cette maison (chambre de famille, office notarial et oratoire), il convient de se RECUEILLIR, moins pour goûter aux premiers vagissements d'une vie, aux premiers sourires, aux premiers pas ou aux premiers mots que pour GOÛTER, dans la COMMUNION DES SAINTS, à l'Esprit de vie, au fruit d'un AMOUR que Dieu se réserverait à son Heure : "Tu me sondes et me connais" (Ps 139).
Louis est né ici mais n'y a pas vécu ! Sitôt son Baptême, il est donc mis en nourrice, puis en 1675 la famille va au "Bois Marquer" d'Iffendic.
En nos temps où les valeurs morales et chrétiennes de la vie "don de Dieu" ou "caprice des humains" sont le fruit d'un amour souvent ô combien fragile, le pèlerin de la maison natale fait une HALTE (sosta tappa) INITIALE pour accueillir le dessein de Dieu sur la vie et sur la famille.

La Bachelleraye

La "mère André" va recevoir le bébé, maintenant fils de Dieu,
qui va se retrouver avec beaucoup d'autres "en nourrice" car ici tout le monde est en famille, sans discrimination ni privilège : les fils de propriétaires comme les fils de métayers. Au milieu de ses travaux : ménage, nourrice, étable, champs, elle donne le sein aux nourrissons qui sont dans des berceaux suspendus pour éviter tout accident.
La Bachelleraye conserve son cachet rustique et demeure riche de ce passé. Au-delà des souvenirs concrets : la maison d'habitation, le four et le puits à l'usage du village,
il y a la "mémoire" d'un visage et d'une intelligence en éveil, d'un cœur de baptisé sensible aux gestes de piété d'une nourrice très chrétienne (son nourrisson sera inscrit à la confrérie des Saints Anges Gardiens car la vie est tellement fragile !).
L'enfant grandit là durant quelques saisons entre les choses simples et les figures des pauvres ; les murs de terre battue (paille brisée et boue argileuse) lui parlent d'un lien solide et humble avec la terre. Tant d'images vont passer sous ses yeux neufs : visages d'hommes brûlés par le soleil ; veillées devant le foyer ; tranquillité des soirs d'été pleins du parfum des moissons ; longues soirées d'hiver peuplées de fantômes. Il grandit sous la bénédiction de Dieu invoqué avec fidélité et sous le regard de la nourrice parfaite : la Vierge Marie.
Visiteur, pèlerin, RECUEILLE-TOI AU en pensant au drame de tant de petits êtres privés d'amour, guettés par la famine, les fièvres, la guerre ou le sida. Qu'est-ce que la VIE ?
La Bachelleraye sera le titre clérical nécessaire à Louis Grignion pour son ordination sacerdotale.
Et il demeurera conscient qu'il ne peut s'en séparer, selon les lois de l'Église d'alors (cf Lettre n°20, p 55 : Œuvres complètes).
Plus tard, il dira à sa nourrice : "Mère André, vous avez bien soin de moi ; mais une autre fois soyez charitable. Oubliez M. Grignion, il ne mérite rien ; pensez à Jésus-Christ, il est tout et c'est lui qui est dans les pauvres" (Le Crom P. 177).

Le Bois Marquer d'Iffendic

En Juillet 1675, la famille Grignion quitte la rue de la Saulnerie pour la "gentilhommière" du Bois Marquer, à Iffendic. Deux fermes : le Plessis Bois-Marquer et la Chesnais, en dépendent. Le tout jeune Louis va vivre au Bois Marquer ses années d'enfance jusqu'à son départ pour le collège des Jésuites à Rennes (1675-1684).
"La première grande maîtresse de l'aîné des Grignion a été la campagne et sa façon naturelle d'enseigner le sens du réel. Le paysage breton, bercé (cullato) par le roulis (oscillazione) des chênes aux limites des champs, a révélé à l'enfant la paix et la liberté, la force et la douceur, les immenses espoirs et la sagesse des choses simples" (cf "L'homme venu du vent").
"Mais cette maîtresse n'a de sens que par la famille, une famille chrétienne, d'un christianisme sérieux, impérieux, d'aspect volontiers austère, qui prétend régir les mœurs avec plus de crainte que d'amour" (Daniel Rops).
Été comme hiver, la famille se rend chaque dimanche à l'église d'Iffendic. Cette église est une merveille rustique dressée sur sa butte avec son clocher hardi. Une fois le portail franchi, nous admirons sa voûte, ses piliers, ses fonts baptismaux, sa grande verrière derrière l'autel et, sous le clocher, la chapelle de la sonnerie où était le banc de la famille Grignion.
C'est dans cette église paroissiale que Louis, avec les siens, apprend à prier ; c'est là qu'il reçoit la première communion; c'est là qu'il va tant de fois pour les baptêmes (un par an), pour les sépultures ou les mariages (son père est propriétaire de fermes). C'est là qu'il reçoit les leçons de catéchisme... et, du Sacristain-Maître d'école, les premiers éléments de lecture, d'écriture et de calcul. Nous sommes au 18e siècle ! Qu'est-ce que l'école primaire alors ? Qu'est-ce que le catéchisme, la lecture de la Bible ou des Évangiles ? Pour relayer, compléter, fortifier, il y a le milieu familial, et Louis est l'aîné !
Louis Grignion quitte le Bois Marquer en 1685 pour Rennes où son oncle, l'abbé Robert, lui sert de tuteur,
mais il y revient aux vacances. Et c'est là que son ami Jean-Baptiste Blain le connaîtra et recueillera des "fleurs champêtres au parfum délicat ou agreste" et des faits de vie : l'ambiance du milieu familial marquée par les difficultés professionnelles du père qui rendront la vie plus difficile : il connaîtra plus d'échecs que de réussites ; une ambiance marquée aussi par les maternités qui se succèdent. Quelle perturbation sur la croissance de l'aîné ! Et l'on comprend ses isolements, comme ses préférences pour sa petite sœur Louise : "Vous serez toute belle et le monde vous aimera si vous aimez bien le bon Dieu".
Au dire de Grandet "ses maîtres ont assuré qu'il ne leur a jamais fait aucune peine, qu'il se portait lui-même à accomplir tous ses devoirs sans qu'il fallût l'y contraindre par aucun châtiment ni par menaces ; et il exerçait déjà l'office de missionnaire à l'égard de ses compagnons, leur faisant le catéchisme ou la lecture de quelques livres de piété" (cf. "La vie de messire Louis-Marie Grignion de Montfort, prêtre missionnaire apostolique").
En visite-pèlerinage à l'église d'Iffendic, toujours là, rajeunie (ringiovanita) dans son intérieur, avec son vitrail bien dégagé et ses fonts baptismaux si suggestifs, on se sent invité à :
s'asseoir, se laisser imprégner de tant de souvenirs et laisser l'Esprit de Sagesse nous interroger : où en est la famille et ses composantes aujourd'hui : parents et éducateurs? Où en sommes-nous de la prière familiale et des sacrements ?
prier l'Esprit-Saint pour nos engagements d'aujourd'hui et, pourquoi pas, saint Louis-Marie.

Jean-Baptiste Rolandeau
Fr. de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 1, 25-28.


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