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Montfort Vivant encore...

St. Louis-Marie > Sa vie

22° St Louis-Marie toujours vivant

Par ses écrits et ses sculptures

L'œuvre écrite du P. de Montfort est abondante et au-delà de quelques formes de style de son siècle, elle n'a pas vieilli. Connaître ses principaux écrits, les méditer, les partager, c'est communier à son cœur de missionnaire qui ne poursuit qu'un seul but :
«Etablir le règne de Jésus-Christ dans le monde et faire de tous les baptisés des apôtres de ce règne».
Le titre même de cette revue ne vient-il pas en droite ligne de sa passion pour Jésus-Christ, le Verbe incarné, par Marie ? A travers ses écrits, écoutons battre son cœur...

«L'amour de la Sagesse éternelle»

S'il est vrai que cette œuvre capitale, œuvre de jeunesse, est le fruit des conférences données aux séminaristes de Poullard des Places vers 1703-1704, il faut en conclure que le contenu a nourri, formé de futurs apôtres et a influencé leur apostolat. Sans être particulièrement connu à ce moment-là, «L'amour de la Sagesse éternelle», comme une rivière souterraine, a irrigué les couches profondes de l'esprit, a fait son chemin de génération en génération. Aujourd'hui, la rivière a ressurgi, rejoignant, enrichissant dans un vaste delta, «La Lettre aux Amis de la Croix» et les Cantiques, publiés du vivant du P. de Montfort, «Le secret de Marie» et «Le traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge», sans oublier «les Règles de vie» des congrégations montfortaines... et beaucoup d'autres écrits selon les besoins apostoliques.

«La Lettre aux Amis de la Croix»

Imprimée du vivant du P. de Montfort, publiée seulement en 1839 d'après les copies -le manuscrit ayant disparu - cette Lettre reste d'actualité, étant un pur reflet de l'Évangile : «Celui qui veut être mon disciple... qu'il porte sa croix et qu'il me suive» (Le 9,23). La croix est un mystère, il est vrai : le grand mystère de l'amour infini... qui interroge toute vie un jour ou l'autre. Il y a quelques années, Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement des Focolari, recommandait cette Lettre comme méditation de carême à tous les groupes dispersés dans le monde. Et les croix de granit, souvent croix de missions dressées aux carrefours des chemins, au sommet des collines, ne sont-elles pas des signes du «code de la route chrétienne» ? Ainsi en est-il du rosaire : contemplation des mystères du Christ égrenés en voyage ou à la maison, avec ou sans les méthodes préconisées par le tertiaire dominicain qu'était le P. de Montfort.

«Le secret de Marie»

Dans la poche ou sur la table de chevet, nous trouvons encore cette lettre «écrite d'un trait» dont Grandet parle en 1724. Le «Secret» a franchi les frontières et avec «Le traité de la vraie dévotion», écrit en 1715 mais découvert seulement le 29 avril 1842, il veut être «préparation au règne de Jésus-Christ». Les 2 ouvrages ont connu un essor prodigieux dans l'espace et dans le temps... Des centaines d'éditions, des traductions dans les langues de tous les pays - la dernière en préparation est en breton - ont pénétré dans les monastères, les couvents, les centres spirituels, les communautés nouvelles, les librairies religieuses... bien avant que les missions montfortaines aient franchi les frontières françaises ! Miracle ? Action invisible de leur auteur ? Poussée irrésistible de l'Esprit Saint ? Réponse du Père au désir fou de son serviteur (V.D.113) ? Le fait est là, bien concret. Après l'Écriture Sainte et avec «L'amour de la Sagesse éternelle», ces écrits nourrissent les congrégations, les associations et instituts séculiers montfortains, la confrérie «Marie Reine des Coeurs», la Légion de Marie, les Foyers de Charité, les Focolari, les Servantes de Marie du Malawi, les militantes de la Vierge Marie du Burundi, la congrégation du Verbe incarné, fondée en 1984 en Argentine et dont les membres ajoutent aux voeux de pauvreté, chasteté et obéissance, le voeu de l'esclavage à Jésus par Marie... Et combien de chrétiens ont renouvelé les promesses de leur baptême selon la formule montfortaine ? se sont donnés et se donnent toujours à Jésus-Christ par Marie ?... Faut-il ici parler de Jean-Paul II ? Nous savons ce qu'il vit... Il l'a tant de fois dit avec bonheur : «totus tuus».

Les Cantiques

«Le chant, ainsi qu'il est écrit, Ouvre le cœur au Saint Esprit... Dieu descend dans un cœur qui chante Et lui donne grâce abondante» (Cl,19).
Ce couplet ouvre le carnet de chants du Renouveau : «Il est vivant !». D'autre part, une chorale de la région de Champagne a pris comme nom : «Chorale St Louis-Marie de Montfort» en raison de la richesse spirituelle des Cantiques... Deux preuves de la vie des Cantiques. Le P. de Montfort a compris le pouvoir de pénétration de la chanson populaire. Il n'hésite pas à traduire son catéchisme en chansons car il sait l'importance irremplaçable du chant comme soutien de l'enseignement.
Depuis le Fr. Mathurin, fidèle compagnon du missionnaire qui, de sa voix chaude et puissante, entraînait les foules à la mission, que de chrétiens, dans la paix comme dans la persécution y ont trouvé la force, l'espérance, la joie et souvent le chemin de la conversion... En 1715, Mr Vatel, qui va s'embarquer pour les missions étrangères, vient demander des Cantiques au P. de Montfort. Il restera... et sera le 1er missionnaire de la Compagnie de Marie. En 1791, un groupe de prêtres français et anglais en route pour fonder un séminaire à Baltimore «firent retentir sur les eaux plusieurs Cantiques de Mr de Montfort» (Mgr Grosnier dans «Un grand serviteur évangélique»). Les Cantiques n'ont-ils pas aussi retenti dans les prisons de la Terreur et sur les marches de l'échafaud ? Aujourd'hui, des disques et des cassettes avec une adaptation de musique moderne les restituent.

L'œuvre du sculpteur

Missionnaire chanteur, le P. de Montfort fut aussi missionnaire sculpteur :
La douceur du visage du Sauveur crucifié ;
La noblesse des madones «Vierge et Mère», «Trône de la Sagesse» ;
La paix ou la turbulence de l'Enfant-Roi qui semble nous dire : «Voici votre mère» ou «je vous aime» ;
La boule, symbole du monde ou du fruit meurtrier du paradis terrestre que l'Enfant porte ou cache... Fantaisie spirituelle ou expression d'un profond mystère ?
Toutes les sculptures traduisent l'âme biblique, christologique et mariale de St Louis-Marie : «Je veux vous faire aimer, Seigneur !» (C.22,18). Voilà le secret de sa vie et de son rayonnement, une décision de jeunesse qu'il n'a jamais trahie.

Le P. de Montfort toujours vivant par ses disciples

Très tôt, il rêve d'une congrégation de missionnaires. Il en parle à son directeur spirituel dès le mois de décembre 1705 (cf la Lettre n°5). Il en parle surtout à Dieu avec audace et véhémence, comme un fils aimant à son père, sachant qu'il doit tout à celui-ci, mais qu'il doit tout entreprendre pour que réussissent les «affaires» de ce Père bien-aimé. Sa «Prière embrasée», préambule de la Règle des missionnaires de la Compagnie de Marie, est unique. Hier comme aujourd'hui, ceux-ci ont toujours voulu réaliser la sainte ambition, la sainte requête de leur père : leur liberté et leur obéissance, leur sainteté et leur faim du Règne de Jésus-Christ, leur abandon à Marie et à la Providence sont la grâce obtenue par celui qui a osé écrire : «Ce n'est pas pour moi que je vous le demande, c'est pour votre Mère». Sa foi et sa confiance s'y connaissent pour toucher le cœur du Fils le plus aimant : Jésus, né de Marie... Oui, sa prière est exaucée.
De 1716 à 1791, ses successeurs immédiats, peu nombreux mais brûlants de zèle, s'offrent, infatigables, à l'œuvre des missions. Ils labourent, sillonnent, ensemencent d'Évangile les paroisses des diocèses de La Rochelle et de Poitiers, de Saintes et de Luçon, de Nantes, d'Angers, de Rennes... Ne débordant pas l'Ouest de la France, ne préparent-ils pas l'héroïque fidélité d'un peuple au Christ et à son Église ? La propre fidélité des missionnaires durant l'époque tragique de la Révolution en fait des martyrs ou des «clandestins» continuant, en se cachant de refuge en refuge, à exercer leur ministère sacerdotal auprès des populations persécutées pour leur foi. Quand la tourmente passe, la Compagnie de Marie se relève, s'accroît et les missions sont reprises. Le règne de Jésus par Marie est annoncé au-delà des frontières et des océans. Contre vents et marées, les ouvriers se multiplient pour la moisson et leur champ apostolique prend la dimension du monde. Oui, les montfortains ne peuvent porter leur nom sans cette fidélité toujours renouvelée à dieu seul, à la quête de la Sagesse, pour en révéler l'amour partout.

Les Filles de la Sagesse, que le P. de Montfort veut «femmes consacrées au Verbe incarné pour confondre les fausses sagesses du monde en vivant la folie de l'Evangile», ont le même idéal. A la suite de sa 1ère disciple, Marie-Louise Trichet, elles continuent - sous le signe de la croix qu'elles portent sur la poitrine - souvent au risque de leur vie, la route tracée par le P. de Montfort : soin des malades et des miséreux, asiles de l'enfance et petites écoles, service des handicapés et des prisonniers, éducation, formation des jeunes. Elles adaptent leur apostolat aux besoins du temps et aux appels de l'Église, en France et dans le monde et restent fidè à «l'esprit primitif» de la congrégation. Pas de Prière embrasée pour elles mais un Cantique, toujours actuel :
«Ô Filles de la Sagesse,
Aidez les pauvres perclus...
Ceux que le monde délaisse
Doivent vous toucher le plus...
Aimez d'un amour immense.
L'amour n'est pas limité.
Mais par votre obéissance,
Réglez votre charité...
Il faut que j'aime, que j'aime Dieu caché
dans mon prochain» (c.149).
Nés du tronc de la Compagnie de Marie, les Frères de St Gabriel, primitivement Frères de l'Instruction chrétienne du Saint Esprit, forment depuis 1842 une congrégation autonome mais vivent du même esprit montfortain et le rayonnent dans leur magnifique apostolat d'éducation et d'instruction des jeunes. Ils savent combien le P. de Montfort tenait à cette mission et le 19e siècle les a vus, d'abord sous l'impulsion du P. Gabriel Deshayes et ensuite, par une fidélité à toute épreuve prendre une extension considérable. Ils sont vraiment dans le monde entier les «frères» de générations de jeunes témoins, avec Marie, de l'amour du Christ rédempteur. Eux aussi ont leur martyrologue et puisent dans la Règle primitive écrite pour la Compagnie de Marie le zèle du P. de Montfort pour la formation chrétienne des jeunes. A travers le rayonnement de sa famille religieuse, à travers la vie de ceux que sa spiritualité conduit à Jésus par Marie et surtout à travers la promesse que Jésus a faite à ceux qui croient en lui, le P. de Montfort reste vivant.
«Faites que faille, nuit et jour, Crier partout que l'on vous aime... Jusqu'à la fin des temps. Amen !».
Sa prière de feu continue d'être exaucée...

Sr Jean-Marie de la Sagesse, f.d.l.s.
Le règne de Jésus par Marie, 96 (1995), n° 7, 21-24.


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