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Nantes

St. Louis-Marie > Sa vie

4° St Louis-Marie à Nantes

Les débuts du missionnaire

Ordonné prêtre le 6 juin 1700 à l'église St Sulpice, Louis-Marie attend un signe de la Providence pour commencer
l'activité missionnaire dont il rêve depuis longtemps. Mr René Lévêque, originaire de Gorges près de Nantes, donne à cette époque une retraite au Séminaire St Sulpice. Depuis 30 ans, il dirige une communauté de prêtres qui se consacrent aux missions et aux retraites. Cette communauté convient à Louis-Marie qui, répondant à l'appel de Mr Lévêque, arrive à Nantes à la mi-octobre 1700. L'emplacement de cette communauté correspond à l'actuelle caserne, près de St Clément.
Plein d'ardeur pour "se former aux missions et faire le catéchisme aux pauvres gens", le P. de Montfort avoue bientôt sa déception : "je n'ai pas trouvé ici ce que je pensais" (Lettre n° 5). Cependant, il ne reste pas inactif. En mai 1701, il inaugure la longue série de ses missions à Grandchamp-des-Fontaines. En septembre il prêche au Pellerin et déjà on l'appelle "
le bon Père de Montfort". Entre temps, il s'intéresse à Nantes à un groupe d'étudiants et devient directeur spirituel des Religieuses de la Visitation dont le couvent, très bien conservé, se trouve rue Gambetta. Apparaissent ici trois facettes de l'apostolat du P. de Montfort : la mission, l'attention aux jeunes et le souci du progrès spirituel.

Le missionnaire en action

À St Similien

L'été 1708, Le P. de Montfort revient à Nantes. Son ami d'enfance, Jean Barrin, Vicaire Général, l'appelle pour aider le P. Joubart, Jésuite, dans la mission qu'il a commencée à St Similien.
La parole ardente du P. de Montfort, nourrie par sa prière, attire et captive les auditeurs. À l'autel de la Sainte Vierge, une statue le représente brandissant la croix qu'il veut révéler comme signe de l'amour du Christ pour les hommes. Dans ce sanctuaire où N-D de la Miséricorde est très vénérée, il est à son aise pour exalter la grandeur et la puissance de Marie.
Son succès auprès des auditeurs par sa prédication et son exemple lui attire vite l'hostilité de ceux dont il flagelle les vices. Des jeunes gens se concertent pour supprimer ce prédicateur gênant. Au détour d'une rue, ils se jettent sur lui pour lui faire un mauvais sort. Le P. de Montfort ne se laisse pas faire et sa vive riposte provoque un attroupement de braves gens qui le dégagent en se servant de cailloux et de bâtons. Le bon cœur du missionnaire se révèle aussitôt : "laissez-les, ne leur faites point de mal, ils sont plus à plaindre que moi".

Quand il anime une mission, il désire que tout le monde y participe ; aussi, il ne craint pas de s'opposer aux fauteurs de troubles. Non loin de la cathédrale, sur la "Motte St Pierre", il se heurte à des soldats qui se bagarrent, se jette dans la mêlée et parvient à séparer les batailleurs qui s'en vont chacun de leur côté. Quelque temps plus tard un dimanche soir près de St Nicolas, garçons et filles dansent éperdument. Il essaie de briser le cercle des danseurs à plusieurs reprises. De guerre lasse il prend son rosaire, et levant les bras il s'écrie : "s'il y a dans cette compagnie des amis de Dieu, qu'ils se mettent à genoux avec moi". Cette audace a l'effet d'un coup de tonnerre : la danse s'arrête et les jeunes gens, à genoux, récitent l'Ave Maria avec le missionnaire.

À St Donatien

Pendant que s'élève sur la lande de la Madeleine le grand Calvaire de Pontchâteau, le P. de Montfort prêche en juin 1710 une mission à St Donatien aidé par un
nouveau collaborateur, l'abbé Gabriel Olivier. Nouveau terrain de mission, nouvel élan pour le missionnaire : il se dépense sans compter dans ces quartiers de banlieue. Il lui faut d'abord être le maître de la place ; aussi s'oppose-t-il au mal et aux causes du mal : l'indifférence religieuse, les danses, les beuveries... Dans une de ces gargotes devenue le rendez-vous de la jeunesse qui s'adonne à la danse et à la boisson, il pénètre tout à coup. Il se jette à genoux au milieu de la salle, récite un Ave Maria, puis se redressant il saisit les fifres, les hautbois, les violons et les jette à terre ; il renverse les tables chargées de verres et de bouteilles. L'effet de surprise passé, quelques jeunes tirent l'épée ; le missionnaire va vers eux le chapelet d'une main et le crucifix de l'autre. Cette vision réveille en eux des restes de foi et, pris de panique, ils s'enfuient. Le cabaretier a droit à une verte semonce.
Si le P. de Montfort fait des gestes spectaculaires, il prend aussi du temps pour des actions en profondeur qu'il veut durables et significatives. A St Donatien, il apporte un soin spécial à la bonne tenue du cimetière, par respect pour les morts. Il s'intéresse spécialement à la chapelle St Etienne dont une partie des murs remonte à l'époque gallo-romaine. Après sa remise en état, il y place une statue de N-D des Coeurs. Cette dévotion lui est chère et traduit son désir intense de voir Marie honorée comme elle le mérite : "Ah ! quand viendra cet heureux temps où la divine Marie sera établie maîtresse et souveraine dans les cœurs pour les soumettre pleinement à l'empire de son grand et unique Jésus" (VD n° 217). Il groupe en société plusieurs personnes pour vénérer N-D des Cœurs : c'est le début de la future confrérie de Marie Reine des cœurs dont il désire l'avènement.
Dans ses missions, le P. de Montfort veut que le corps participe en même temps que l'esprit ; c'est pour cela qu'il propose des activités manuelles. Les hommes travaillent à mettre le cimetière en ordre et à restaurer la chapelle ; les femmes confectionnent 14 étendards de satin blanc qui seront déployés lors des processions. Actuellement dans la basilique St Donatien un vitrail rappelle le passage du missionnaire, et au niveau du chœur un tableau le représente avec les illustres propagateurs de la dévotion au Rosaire.

Sa "Providence"

Mme Olivier, mère de Gabriel, collaborateur du P. de Montfort, lui offre le logis de la "cour Cathuis" situé rue des Hauts-Pavés, en direction de Vannes. Dans cet ancien repos de chasse des Ducs de Bretagne il fait sa demeure et l'appelle, comme ses autres résidences, sa "Providence".
Une chapelle y est contiguë ; il la restaure et y fonde un autre groupe de N-D des Cœurs, qui s'engage au rosaire quotidien.
Cette cour Cathuis devient un lieu de charité où le P. de Montfort accueille les malades, les pauvres et les incurables.
Nulle misère ne le laisse indifférent ; aussi, pour ceux que personne ne peut soigner il établit un hospice pour incurables qui comporte, paraît-il, une galerie bien exposée au soleil afin de favoriser la guérison des malades. A la même époque, sur son conseil, Melle Chapelin fonde l'hospice des convalescents qui se trouve sur l'actuelle place de Bretagne.
La direction de l'hospice des incurables de la cour Cathuis est confiée aux
demoiselles Dauvaise qui, d'après la tradition, sont les destinataires du "Secret de Marie". En 1714, le P. de Montfort passe une semaine dans sa "Providence". Il s'intéresse spécialement aux incurables ; il leur dit : "Mes petits enfants, je vous porte tous dans mon cœur". C'est là qu'il fera déposer en 1714 les statues du Calvaire de Pontchâteau, dont le beau Christ que l'on vénère actuellement dans la chapelle du Calvaire.
Trois semaines avant sa mort, dans une lettre du 4 avril 1716 à Melle  Dauvaise, il exprime son désir d'envoyer à la cour Cathuis deux Filles de la Sagesse. Il donne des directives précises pour la bonne marche de la maison, notamment :
"Cette maison est la maison de la croix... La première chose qu'il faudra faire, ce sera d'y planter une croix... c'est le premier meuble qu'on y portera" (Lettre n° 34).
Les Filles de la Sagesse viennent à Nantes et se dévouent dans les services de santé, d'éducation, sociaux et pastoraux en tout genre. Plusieurs y feront le sacrifice de leur vie : le 19 décembre 1793, Sr St Salomon et Sr St Paul sont guillotinées place du Bouffay ; le 16 septembre 1943, treize Sœurs périssent sous les bombardements de l'Hôtel-Dieu.
Les maisons de la cour Cathuis devenant vétustés et insalubres, la municipalité décide de les démolir et de rénover le quartier. Vu l'importance des souvenirs montfortains attachés à ce lieu, les Sœurs de la Sagesse ont pris l'initiative d'en garder la mémoire en faisant apposer une plaque-souvenir à l'endroit même où se tenait la "Providence" du P. de Montfort. C'est le 19 décembre qu'a lieu l'inauguration de ce mémorial qui rappelle que :
"dans cette rue, au XVe siècle, existait la cour Cathuis, repos de chasse des Ducs de Bretagne. St Louis-Marie Grignion de Montfort y créa au XVIIIe siècle le premier logement des incurables".

Un sauvetage en Loire

En janvier 1711, la Loire inonde plusieurs bas quartiers du Faubourg de Biesse. Surpris par la rapide montée des eaux, les pauvres gens sont contraints de se réfugier dans les greniers, voire sur les toitures. Ils appellent à l'aide mais qui va se risquer dans ce torrent impétueux ?
De sa "Providence", le P. de Montfort accourt ; il recueille des vivres et interpelle les bateliers :
"mettez en Dieu votre confiance, je vous affirme que vous ne périrez pas ! J'irai avec vous !". Un matelot se décide ; le missionnaire monte dans sa barque, la charge de vivres et se lance dans le courant. Son exemple entraîne d'autres bateliers pour aller au secours des sinistrés. Les vivres sont distribués de maison en maison puis c'est le retour, aussi périlleux que l'aller. Tout se passe bien ; les barques accostent sur la berge au milieu des ovations des témoins de ce sauvetage héroïque.

Nantes... en passant

En plus des séjours prolongés, le P. de Montfort va passer à Nantes à plusieurs reprises.
L'un de ces passages rapides se situe le 13 septembre 1710. Il est à Pontchâteau, le calvaire est dressé, tout est prêt pour la grande fête de l'inauguration, quand tout à coup un prêtre se présente au missionnaire au nom de Mgr de Beauveau, évêque de Nantes, pour lui signifier que la bénédiction du calvaire est interdite. Après quelques minutes de stupéfaction, le P. de Montfort part pour Nantes afin d'obtenir la levée de l'interdiction par l'évêque. Celui-ci lui fait savoir que non seulement le calvaire ne sera pas béni mais qu'il devra être démoli. Le P. de Montfort revient à Pontchâteau portant une croix qu'il n'avait pas prévue. Intérieurement il garde sa sérénité, plus résolu que jamais "à faire de ces jours de croix des jours de fête", comme en témoigne son ami Jean-Baptiste Blain.
D'autres passages seront moins mouvementés. Après de dures périodes de labeur missionnaire, il aime se reposer et faire une retraite spirituelle chez les jésuites qui furent ses formateurs au Collège de Rennes. Il leur gardera toujours sa confiance. En janvier 1709 il prêche une retraite aux pénitentes de la rue St Léonard. C'est un repos pour lui et une autre façon d'exercer son zèle apostolique...

L'adieu à Nantes

En mai 1715, le P. de Montfort passe quinze jours à Nantes.
Il loge à la cour Cathuis pour soutenir les responsables de la maison des incurables. Il prend du temps pour affermir l'Association des Amis de la Croix qu'il a fondée à St Similien ainsi que les groupes de Marie Reine des Cœurs. Lui qui semble fonder des œuvres "en coup de vent" il tient en réalité à les enraciner profondément et à s'assurer de la qualité de l'humus qui va les nourrir. Après avoir consolé les malades, secouru les pauvres et affermi les bonnes résolutions, il se rend à Mervent pour y commencer une nouvelle mission. Il quitte Nantes pour n'y plus revenir...

(à suivre) François Garât
Fr. de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 4, 22-25.


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