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Paris

St. Louis-Marie > Sa vie

3° St Louis-Marie à Paris

Pèleriner aujourd'hui à Paris pour y retrouver les "Pas de Montfort" est une entreprise quelque peu délicate ; que reste-t-il de ce Paris du 17ème siècle dans le quartier St Sulpice d'aujourd'hui ? L'actuelle église était en chantier et les bâtiments du séminaire se sont transformés... Par ailleurs, la vie quotidienne d'un séminariste à l'époque, comme la vie urbaine, sociale ou paroissiale, a tellement changé ! Alors, dois-je me contenter de souvenirs historiques pour débats de spécialistes,
ou ne puis-je pas vraiment "communier" aux "états de vie" (humain, spirituel, apostolique) de notre apôtre ? A l'imitation des gestes de foi de Jean-Paul II, ne puis-je pas faire un vrai pèlerinage "aux commencements", aux "sources" d'une vie ? Je vais tenter de le faire.

Séminaire de St Sulpice (1692-1700)

Quand le jeune Louis arrive à Paris dans la vigueur de ses vingt ans avec la résolution de devenir prêtre, il y arrive en "pauvre absolu" : il a tout donné à de moins fortunés que lui, accepté de vivre de pain quémandé dans des gîtes d'étapes et sent la misère "à plein nez". Il doit prendre une semaine pour "se civiliser" aux bonnes mœurs, et sa bienfaitrice hésite à le présenter aux "dignes Messieurs de St Sulpice".
Il continue de goûter à la misère... pour quel ministère ? Ses premiers essais se font dans des foyers pour jeunes aspirants au sacerdoce aussi miséreux que lui (la Barmondière, Mr Boucher). Louis s'y sent à l'aise dans la privation, les services domestiques... et il en rajoute dans ses élans de foi et d'imitation de la souffrance du Christ... jusqu'au jour où la Providence, selon ses chemins inédits, lui offre l'entrée au "Petit Séminaire de St Sulpice". Il demeure dans le registre des "moins nantis (provvisti)". Son expérience est rude et décapante (graffiante), donc purificatrice et pour lui enthousiasmante ; c'est l'aurore d'une vie sacerdotale : "Qui veut être mon disciple, qu'il se renonce...".
Dans notre réflexion chrétienne de pèlerins d'absolu face aux situations sociales d'aujourd'hui, quelle attention portons-nous à ce fléau qu'est la "pauvreté sociale" de tant de nos contemporains ? Nous sommes dans la logique de nos actuels pèlerinages montfortains à Lourdes.
Comment notre attention aux pauvres s'inscrit-elle dans nos réflexes quotidiens ? Comment participons-nous aux "combats et engagements" de l'abbé Pierre, de Sr Emmanuelle, de Mère Térésa... ? Qu'est-ce que le jeune séminariste Louis Grignion nous invite à vivre, à oser ? Il est tout entier à sa formation à la fois théologique, spirituelle et pastorale. Il exagère à en inquiéter ses directeurs spirituels. Ses cahiers de notes conservent le fruit de ses études et de ses lectures (pas de trace des cours de Sorbonne car il y renonce volontairement). Dans la démarche pastorale actuelle de nos paroisses, quelle part acceptons-nous pour une meilleure connaissance de notre foi chrétienne en Jésus Christ ? Par exemple, avons-nous pris connaissance du Catéchisme de l'Eglise Catholique ?

La "vraie dévotion à Marie
" que St Louis-Marie prêchera avec tant de zèle se prépare, s'enrichit et se corrige durant ces longues années de séminaire. Louis accepte (ou choisit) la décoration de l'autel de la sainte Vierge dans la chapelle du séminaire : un geste significatif qui dépasse la simple dévotion "extérieure". Par ailleurs, il fait partie de la délégation du séminaire qui fait un pèlerinage à N-D de Paris chaque samedi : il assiste à la messe et communie ; puis ébloui, il demeure devant Marie : "ma mère, ma lumière, ma gloire, ma victoire ; Vierge aimable, Mère admirable ; la Reine, la Souveraine, la Vierge Mère, je vous révère, je vous bénis avec votre cher Fils : je vous aime plus que moi-même..." (Cant. 75).
Dans notre église paroissiale, quel est notre souci d'honorer l'autel de Marie et
de prendre du temps pour la regarder... et nous laisser regarder ? Le séminariste engage des confrères à vivre la dévotion la plus plénière qu'il a découverte à travers tant de lectures : "le saint esclavage de Marie". Son supérieur modère ses élans et l'aide à s'équilibrer par le "saint esclavage de Jésus en Marie" (V.D. 244).
Quelle est notre application à mieux connaître le "mystère de Marie, toute relative à Dieu", par des lectures, des sessions ou des retraites ? Engageons-nous d'autres personnes à "aimer et servir Marie" ?
La dernière année de son séminaire (1699), il est élu avec un confrère pour accomplir le pèlerinage annuel du séminaire à N-D de Chartres, la "Vierge qui va enfanter, N-D de Sous-Terre" qu'il passera des heures à contempler, à en inquiéter son compagnon de pèlerinage. Il dira : "Davantage j'ai son image gravée en moi pour me montrer le Roi". Quelle est notre participation aux pèlerinages dans les sanctuaires de Marie ? Quel profit spirituel apostolique en tirons-nous pour un "meilleur humain" ?

Durant ses années de séminaire, Louis Grignion
aura un souci constant de l'avenir des jeunes laquais du quartier de St Sulpice. Qui sont ces jeunes, sinon des "déplacés", des "exploités", bons à faire tous les services et corvées des familles mieux nanties : ramoneurs, coursiers, manœuvres... à toute heure ! Ses confrères séminaristes sont étonnés de son ascendant sur eux dans les "leçons de catéchisme" données dans la crypte de l'église, sous la direction de l'abbé Bazan de Flamenville. Nous accompagnons le séminariste en formation continue selon l'exigeante formation des Messieurs de St Sulpice : "les leçons de ses maîtres sulpiciens et leur vie autant que leur parole lui ont appris à se renoncer totalement, à vivre pour Dieu seul sur la croix et à se dévouer entièrement pour le salut des âmes. Ils redisaient à leurs élèves et pratiquaient eux-mêmes les énergiques enseignements de Mr. Olier sur la nécessité de mourir à soi-même et d'être enseveli avec le Christ. Ils s'intéressaient passionnément à toutes les œuvres de zèle que l'admirable renaissance religieuse suscitait partout pour le rétablissement du Règne de Dieu... Ils savaient faire passer et entretenir dans l'âme de leurs disciples la flamme apostolique. Ils leur donnaient enfin l'exemple d'une fidélité inébranlable aux décisions du Saint Siège, "l'étoile polaire" de leur vie" (de Mr. Gouin, sulpicien).
L'abbé Grignion "fut promu à l'ordre de la prêtrise le 5 juin 1790 par Mr Jean Hervieu Bazan de Flamenville, évêque de Perpignan, que le Cardinal de Noailles, archevêque de Paris, avait commis pour faire l'ordination dans son diocèse". C'était dans la chapelle de l'archevêché. Son ami, l'abbé J-B Blain, y assistait (cf. Grandet). Le nouveau prêtre célèbre sa première messe (après une semaine de préparation) dans la chapelle de la Sainte Vierge, derrière le chœur de l'église St Sulpice ; "un ange à l'autel" dira encore J-B Blain. Ce premier pèlerinage parisien doit s'arrêter là. Dans le chœur actuel de l'église, où une statue du P. de Montfort évoque toutes ces étapes,
je demeure en prière de paix et d'action de grâces... pour notre aujourd'hui d'Église, en vue de la "Nouvelle Évangélisation" demandée par Jean-Paul II.

Séjour parisien (1703-1704)

Le second pèlerinage nous permet de "communier" là encore à une étape quelque peu déroutante de la préparation du prêtre à son ministère sacerdotal. S'il a choisi les pauvres, est-ce si évident ? En fait, pour lui c'est une quête dépouillante de la volonté de Dieu liée à des insuccès dans ce ministère, pourtant si cher mais combien redouté, au service des pauvres (Lettres 9 et 10) à l'hôpital des Pauvres Renfermés de Poitiers : "Mon maître m'y a conduit (de Poitiers à Paris) comme malgré moi ; il a en cela ses desseins que j'adore sans les connaître" (Lettre de 1703).
S'il doit quitter les pauvres de Poitiers, c'est pour fréquenter ceux de la Salpêtrière à Paris : "je suis à l'hôpital général avec 5.000 pauvres pour les faire vivre à Dieu et pour mourir à moi-même". Mais au bout de 5 mois, le voilà brutalement congédié : un billet lui signifie son congé. Il se réfugie dans une misérable soupente de la rue du Pot de fer (près du noviciat des jésuites) et y passe ses journées dans les austérités et la prière (cf. Gouin). Les bénédictines lui réservent la "part de la sainte Vierge" ; les jésuites lui offrent le régal de leur bibliothèque... et le voilà "sans amis, même les plus proches"... et dans cette déréliction, il s'adonne à la contemplation toute biblique de la "Sagesse de Dieu". "Dieu seul" ou "à la plus grande gloire de Dieu", telle est sa devise...
Il va s'ouvrir à ce mystère (au sens bérullien) d'une autre manière. Sur un cahier, comme un écolier qu'il demeure,
il confie à sa plume le fruit de ses méditations, de ses lectures ô combien élevées, de ses désirs et de ses prières secrètes... comme "un amant de l'éternelle Sagesse d'amour". C'est à la fois une synthèse de ce qu'il a déjà connu et comme une projection de ce qui pourrait être sa vie : la Parole de Dieu, le mystère de l'Incarnation, le drame et la haine du péché, la tendresse de Jésus dans sa naissance, sa vie et la croix qu'il a épousée dès le sein de sa mère... Puis des désirs, des prières, des mortifications et au terme, Marie, "Mère, Maîtresse et Trône de la divine Sagesse" (A.S.E.). Austère ermite faisant souffrir son corps, il est un prêtre en quête d'un ministère et se laisse épurer, enrichir et envelopper, "les mains vides" et pour quel projet ? pour quelle sagesse de Dieu qui a ses voies toujours déroutantes, à son heure ? Mais quand cette heure sonnera-t-elle ? "On n'est pas saint, on le devient", l'oublierait-il ? Deux appels marquent cette période :
Son ami rennais, Claude Poullart des Places, l'invite à la Pentecôte à l'église St Etienne des Grès pour partager son dessein de fondation. Avec douze disciples, il dépose aux pieds de N-D de Bonne Délivrance les fondements de sa Congrégation du St Esprit. C'est un commencement pour l'un et l'autre, un lien mystique, un contrat d'entreprise missionnaire que ni l'un ni l'autre ne verra se réaliser : Poullart meurt en 1709, le P. de Montfort en 1716... Il se réalisera plus tard sous le signe du Saint Esprit et de Marie... selon le secret de Dieu... c'est bien une source dont on ne peut oublier les germes.

L'archevêque de Paris, Mgr de Noailles, le sollicite pour la réforme des Frères Ermites du Mont Valérien, société de pieux laïques, déchus de leur ferveur primitive.
Par son seul exemple il les régénère et fait passer en eux sa flamme (G. Bernoville). Mission accomplie, il revient dans sa soupente de la rue du Pot de fer. Mais du Mont Valérien, au-delà de la valeur de l'ascèse corporelle, il garde un souvenir ineffaçable : un Calvaire monumental comprenant trois croix belles de pierres et une douzaine de chapelles avec les personnages du chemin de croix. Voilà une "vision" qui va s'enraciner dans sa vie : le Calvaire projeté à Montfort s/Meu, le Calvaire de Pontchâteau, le Calvaire de Sallertaine... (cf. G. Mie "Routier de l'Évangile").
Dans sa soupente, la Sagesse "qui invite à sa table, qui a dressé cette table et préparé ses vins" est là, mais pour quelles épousailles : la Vierge Marie et la Croix !... Quand soudain en mars 1704, le "cri des 400 pauvres de Poitiers" le rappelle au "terrible quotidien" d'un ministère d'aumônier. "Dans ma nouvelle famille, j'ai épousé la Sagesse et la Croix". Ce sera sa "mission" par les "missions".
Il fallait d'abord évoquer ces faits de vie dans leur rigueur, avec une "vraie dévotion"... dans un contexte de déréliction et en même temps de paix et de grands désirs... Imprégné de la "mémoire" toujours vivante de ces "commencements", on peut, dans le Paris du 20e siècle avec toutes ses complications de circulation, ses sens interdits et ses stops, entreprendre de pèleriner :
à la Salpêtrière, avec sa belle chapelle d'hôtel-Dieu et toute la somme spirituelle conservée dans cet environnement : là, le P. de Montfort a prié, célébré, confessé, consolé..., "
aimé Jésus-Christ dans le sacrement des pauvres" (cf. Grandet).
àNeuilly s/Sèine : 52 bd d'Argenson, dans la chapelle des Hospitalières de St Thomas de Villeneuve, près de N-D de Bonne Délivrance, une Vierge noire du 11ème siècle avec tout son symbolisme de couleurs... et qui est une des sources de la Mission. J'y évoquerai St François de Sales, comme St Vincent de Paul et Claude Poullart des Places... Je pense aux madones sculptée par le P. de Montfort.
à Montmartre, car c'est au chevet de l'église St Pierre que les belles croix vénérées du Mont Valérien se trouvent depuis 1840.
Je fais mémoire des calvaires du Missionnaire encore existants...
à St Sulpice, pour retrouver les traces de la rue du "Pot de fer" (aujourd'hui rue Bonaparte) : j'évoquerai le manuscrit de "l'Amour de la Sagesse éternelle"... D'autres ermitages et d'autres écrits, jalonnent sa vie (St Lazare, la cour Cathuis à Nantes, St Éloi de la Rochelle, la Grotte aux faons de Mervent...). J'évoquerai encore le noviciat des jésuites et le monastère des Bénédictines du St Sacrement...
Dans le Paris contemporain, ces "sources" ou cette
"source secrète" m'interpellent et je me demande si j'ai consenti moi aussi à "épouser la Sagesse et la Croix" sous le signe maternel de N-D de Bonne Délivrance (cf. les 15 cantiques du P. de Montfort sur Marie) !

Jean-Baptiste Rolandeau
Fr. de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 3, 24-27.


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