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Pays Nantais

St. Louis-Marie > Sa vie

9° St Louis-Marie en Pays Nantais

Pourquoi le «Pays Nantais» ?

Comment expliquer l'itinéraire missionnaire de St Louis-Marie de Montfort ? Il n'a pas de plan préétabli ; il attend l'appel de Dieu qui lui est manifesté souvent par des médiations humaines. C'est le cas pour la mission de Vallet. Jean Barrin, vicaire général du diocèse de Nantes, a connu Louis-Marie au collège des Jésuites à Rennes et au séminaire St Sulpice à Paris. C'est lui qui l'a appelé à la mission de St Similien à Nantes, l'été 1708. Il est bouleversé par la force intérieure, la nouveauté des méthodes apostoliques et le dynamisme du missionnaire. Etant responsable des missions dans le diocèse, il n'hésite pas à lui proposer la paroisse de Vallet comme banc d'essai pour guider, seul, une mission.

Accueil favorable à Vallet

Henri-Louis Barrin de la Galissionnière est Seigneur de Vallet et des localités voisines. Comme il est parent du vicaire général de Nantes, il est favorable à la venue du missionnaire, d'autant plus que le curé de Vallet, bien renseigné sur la qualité exceptionnelle du P. de Montfort, est lui-même très accueillant.
Plutôt que d'être reçu au presbytère comme l'aurait désiré monsieur le curé, le P. de Montfort préfère être seul avec son compagnon, le fidèle Frère Mathurin. Ainsi, il peut vivre à sa façon, se livrer sans indiscrétion à ses exercices de pénitence, à la prière de jour et de nuit, recevoir les pauvres et les inviter à sa table. Comme tous ses lieux de résidence, il appellera sa maison :
"la Providence". Cette maison est signalée aujourd'hui par une statuette du P. de Montfort nichée au 2ème étage d'un appartement situé au n°10 de la rue François Luneau.

La mission

Le terrain de mission va s'étendre aux paroisses voisines du Pallet, de Monnières et de la Chapelle-Heulin. Même des gens de Loroux-Bottereau participeront à la mission. Le 1er jour, l'église est vide... Les gens sont dans les vignes ou dans les chais (lieu où sont emmagasinés les vins et les eaux-de-vie) ; quand le raisin est mûr, il faut bien s'en occuper ! Le P. de Montfort comprend ces braves gens et au lieu de les blâmer, il préfère les aborder la chanson aux lèvres. Le bon Père de Montfort se révèle très psychologue. Il compose pour eux des couplets de circonstance que le Frère Mathurin va chanter de sa belle voix, de vigne en vigne, de village en village, tout en agitant sa clochette pour attirer l'attention :
«Alerte, alerte, alerte
La mission est ouverte.
Venez-y tous mes bons amis
Venez gagner le paradis».

Vigneronnes et vignerons se regardent entre eux, interdits. "Gagner le paradis", cela en vaut la peine, même s'il faut perdre un peu de vin. L'offre est prenante pour ces âmes sincèrement croyantes de paysans Valletais. Peu à peu, les hommes et les femmes quittent les vignes et se dirigent vers l'église qui se remplit peu à peu. Des villages voisins, on accourt ; la mission bat son plein, elle va durer 3 semaines : prédications, catéchisme, confessions, processions, renouvellement des vœux du baptême, prières communes, et surtout, le Rosaire.
L'auditoire est subjugué par la parole pénétrante et convaincante de l'homme de Dieu. Le P. de Montfort ne veut pas seulement être un prédicateur, il veut être en contact étroit avec les gens qui l'écoutent. Il lui arrive, à la fin d'un sermon, de leur demander de lui poser des questions sur différents sujets : cas de justice, éclaircissements sur la religion, points épineux de la morale... Ces gens simples et peu instruits sont d'abord bloqués par leur timidité. Puis ils s'enhardissent peu à peu et entrent "dans le jeu". Ce dialogue permet au missionnaire de rejoindre le cœur des Valletais et de les éclairer sur leurs questions personnelles.

La puissance divine manifestée

La mission obtient apparemment un grand succès. Deux faits, relevés par les chroniques de l'époque, vont révéler la puissance divine qui pénètre le missionnaire. Après le sermon du soir, le P. de Montfort rencontre un homme revenant des vignes avec sa récolte de la journée. Il le convie à la prière commune à l'église. L'homme répond brutalement : "Ce soir, j'aurai à faire à mon pressoir". Réponse immédiate du missionnaire : "Demain, vous aurez à faire à Dieu". Le lendemain, tout le monde est à l'église pour vénérer le crucifix indulgencié par le Pape. Un violent orage éclate... une nouvelle se répand : le vigneron récalcitrant a été foudroyé. Les gens sont fort impressionnés et reconnaissent à quel point le Seigneur soutient les efforts de son missionnaire.

Une confession

Le P. de Montfort entend un jour la confession d'une pénitente qui avait volontairement omis 3 péchés dont l'aveu lui était particulièrement pénible. Le Père, qui lisait souvent dans les consciences, lui demande pour pénitence de laver le beau mouchoir blanc sur lequel il y avait 3 taches et lui recommande de le lui rapporter propre. "Bon", se dit-elle, "c'est une lessive qui sera vite faite !". Mais elle a beau faire : savonner, rincer, frotter, savonner à nouveau et rincer encore en faisant retentir son battoir, les taches sont toujours là. Elle comprend la signification de cette lessive inefficace. Elle retourne au confessionnal et fait l'aveu complet de ses fautes. Alors le P. de Montfort lui demande de laver à nouveau le linge à la fontaine et cette fois les taches disparaissent.

Clôture de la mission

La mission se termine ; son couronnement sera l'érection d'un calvaire. Le Seigneur Barrin offre un terrain sur la hauteur de Fromenteau d'où l'on découvre le bourg et toute une partie de la paroisse de Vallet. La cérémonie finale est grandiose : sous les yeux des gens venus en une longue procession, la croix est érigée. On y incruste des cœurs de métal qui vont subsister longtemps après la restauration du calvaire, en 1888, année de la béatification du P. de Montfort.

Un retour de mission manqué

Pendant la mission, le P. de Montfort avait instauré la récitation quotidienne du Rosaire. Il apprend avec peine que cette pratique a été délaissée après son passage. En 1714, revenant de Roussay pour aller à Nantes, il rencontre une délégation de Valle qui viennent le supplier de passer chez eux. Sa réponse est nette : "Non, non, je ne passerai pas à Vallet car vous avez abandonné mon Rosaire !". La leçon n'est pas perdue : les paroissiens se reprennent et la récitation du Rosaire subsistera longtemps. Le P. Mulot, venant à Vallet pour une mission en 1729, en sera le témoin.

Après une mission... une autre mission

Après Vallet, 2 missions vont suivre aux confins des Mauges : à La Boissière du Doré et à Landemont. Si les chroniques locales en parlent très peu, les souvenirs actuels montrent à quel point ces 2 missions ont marqué le pays.

La mission de La Boissière du Doré (octobre 1708)

La croix de bois dressée en clôture de mission a été précieusement conservée, soit en intégrant des morceaux de bois dans la croix de ciment que l'ont voit de nos jours, soit en utilisant les meilleures parcelles pour faire 2 petites croix : l'une est placée dans la sacristie de l'église, l'autre est conservée précieusement par une famille. La "Provi du P. de Montfort existe toujours.
Située en face de l'église, elle porte sur sa façade une statue de la Sainte Vierge. Dans l'église, le passage du P. de Montfort est rappelé par un autel qui lui est dédié, une statue qui le représente et un vitrail qui le montre en pleine action missionnaire. Si à Vallet le Rosaire avait été abandonné, à La Boissière, encore de nos jours, le chapelet est récité chaque après-midi à 15h. Cette pratique, au dire des fidèles, n'a jamais cessé depuis la mission de 1708.

La mission de Landemont (novem 1708)

Visiter aujourd'hui Landemont avec un "regard montfortain" est vraiment étonnant. Mme Tellier vit dans la "Providence" du P. de Montfort, maison très bien conservée, située au 1, chemin du Bocage. Cette personne est intarissable sur le P. de Montfort. Qu'on ne lui dise pas qu'il ne faut pas prier le P. de Montfort parce qu'il envoie toujours des "croix". Pour preuve, elle montre un texte qui relate un miracle obtenu par un membre de sa famille qui est allé demander sa guérison sur le tombeau du P. de Montfort : "Il faut beaucoup le prier", dit-elle, "c'est un grand saint".
À côté de sa maison existe toujours le jardin où la Vierge Marie s'est manifestée au missionnaire. Voici comment le P. Le Crom relate le fait : "De grand matin, une femme de Landemont se rendant à l'église pour se confesser voit le P. de Montfort se promener dans les allées du jardin avec une dame rayonnante de lumière. Comme elle lui exprime son admiration, le missionnaire répond doucement : «Vous n'avez pas besoin de vous confesser, ma fille, vous avez vu celle que j'ai simplement entendue»".
Longeant ce jardin, c'est la rue Montfort qui conduit à la maison de retraite appelée "Maison Montfort". Dans l'église, au pied de la statue du P. de Montfort, un écriteau rappelle une prédiction du missionnaire : "la paroisse reconnaissante de l'avoir toujours protégée de la rage et de l'orage". A la base du mur d'une maison, un texte gravé sur une pierre d'ardoise rappelle le lieu où fut érigé le calvaire, en clôture de mission. Celui-ci a été reconstruit à la sortie du bourg. Il a été remis en état le jour des Rameaux 1993 :
"On ne fait rien de trop beau pour notre calvaire, le calvaire du P. de Montfort", disait le curé de la paroisse lors de cette inauguration.

La mission de La Chevrolière (novembre-décembre 1708)

Le vicaire général de Nantes, Jean Barrin, se félicite d'avoir trouvé un  missionnaire exceptionnel qui vient de faire, coup sur coup, 3 missions avec un grand succès. Il s'enhardit à lui proposer une mission plus difficile à La Chevrolière. C'est une paroisse divisée entre "la Cure" et "le Château". Et de plus, monsieur le curé n'a pas demandé la mission ; elle lui est imposée par le vicaire général. Connaissant ces difficultés, le P. de Montfort, accompagné par le P. des Bastière et, bien sûr, par le fidèle Frère Mathurin, loge dans un galetas situé au fond d'une ruelle qui porte de nos jours le nom d'«impasse Montfort».
Pendant les 3 semaines que dure la mission, le curé ne va cesser de décourager ses paroissiens de venir écouter les sermons du P. de Montfort mais en vain car le nombre des assistants croît de jour en jour. Voyant cela, il les interpelle avec véhémence : "vous perdez votre temps à venir à cette mission ; on ne vous y apprend que des bagatelles ; vous feriez mieux de rester dans vos maisons à travailler pour gagner votre vie et celle de vos enfants". Le P. de Montfort écoute, à genoux, les yeux baissés, puis il descend de chaire et propose au P. des Bastières de chanter un "Te Deum" pour remercier Dieu de la bonne croix qu'il vient de lui donner : "courage", lui dit-il, "cette mission est tellement combattue qu'elle sera fructueuse". Et de fait, le P. de Montfort lui confiera : "je n'ai jamais fait autant de conversions que dans cette mission".
Pour trouver la paix intérieure et la force de continuer ses travaux, il aime aller se confier à N-D des Ombres (actuellement située aux Huguetières, commune du Bignon). Il compose un cantique (n°155) qui traduit sa confiance : "C'est auprès d'Elle qu'on se repose en ses travaux... A son ombre, cachons-nous". Comble d'adversité, la fièvre et les coliques s'abattent sur le missionnaire. Il prépare dans cet état la clôture de la mission marquée, comme toujours, par la plantation d'une croix. Le lieu prévu est loin de l'église et le chemin boueux. Il demande de porter la croix pieds nus ; il se déchausse le premier et entraîne 200 hommes à faire comme lui. Exténué, il prêche quand même. Chose extraordinaire, à la fin de la cérémonie il est complètement guéri. En quittant La Chevrolière, il remercie monsieur le curé en l'embrassant : "Je vous assure que je prierai toute ma vie le Seigneur pour vous. Je vous ai trop d'obligations pour ne jamais vous oublier".

Pas de croix, quelle croix !
Ces paroles révèlent un point fort de La s pi ri tuai i té de St Louis-Marie de Montfort : là où est la croix, le Christ est présent et c'est lui seul qui sait toucher les cœurs. Alors quand tout va trop bien il peut s'écrier, en arrivant à Vertou où les gens lui font la fête : "Pas de croix, quelle croix !".

François Garât, Frère de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 1, 25-28.


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