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Pays Vendéen

St. Louis-Marie > Sa vie

15° St Louis-Marie en pays vendéen


Chassé d'un diocèse... accueilli dans un autre

Après la destruction du Calvaire de Pontchâteau et la lettre d'expulsion du diocèse reçue lors de la mission de St Molf, le P. de Montfort ne sait plus où aller. Heureusement son fidèle ami, Jean Barrin, Vicaire général de Nantes, vient à son secours. Il lui fait ouvrir les portes de 2 diocèses : Luçon et La Rochelle. Les évêques : Mgr de Lescure et Mgr de Champflour, sont 2 anciens élèves des Jésuites et de St Sulpice. Fortement opposés aux courants qui divisent l'Église de France, ils sont pour le P. de Montfort 2 protecteurs qui le soutiendront dans ses missions le reste de ses jours. C'est l'évêque de La Rochelle qui l'appelle d'abord, mais sur sa route il fait une longue étape à La Garnache car le curé de la paroisse, le P. Dorion, l'a demandé pour une mission qui commence avec le carême 1711.

La mission de La Garnache (mars 1711)

Le P. de Montfort veut préparer les cœurs à accueillir le Seigneur en invitant les fidèles à l'aimer concrètement dans la personne des pauvres. Il demande à chaque famille de recevoir chez elle un pauvre pendant toute la durée de la mission. Lui-même accueille dans sa «Providence» 2 pauvres abandonnés qu'il fait manger et entoure des soins les plus délicats. Les paroissiens répondent spontanément à l'appel du P. de Montfort si bien que la mission va se vivre dans un climat d'amour des autres, d'écoute attentive de la Parole de Dieu et de ferveur intense. 3 Faits marquants :

Rencontre avec la Vierge Marie

Comme dans toutes les missions, le P. de Montfort prie avec une grande confiance Marie, «l'Arbre de Vie», de produire dans les âmes son «fruit» qui est son Fils. C'est toujours près d'elle qu'il reçoit ses inspirations pour adapter les exercices de la mission aux fidèles qui la suivent. Un jour, ayant accepté d'aller prendre son repas à la cure, il est en retard. On l'attend. Monsieur le curé Dorion sait qu'avant midi il récite son Office dans le jardin. Il envoie un enfant de chœur pour lui dire que la table est servie. Tout ému, l'enfant revient en disant : «Je l'ai appelé, il ne m'a pas répondu... Il parle avec une belle dame qui est en l'air I». Marie se plaît à réconforter son serviteur et à l'assurer de sa présence maternelle.

Restauration d'une chapelle

Il y avait à La Garnache une chapelle en ruines dédiée à St Léonard. D'après une version, en 1207 Marguerite de Montaigu avait fait édifier cette chapelle en l'honneur de St Léonard, Patron des prisonniers, afin d'obtenir la délivrance de son époux, Hugues de Thouars, capturé par les anglais. Cet édifice a été démoli en décembre 1588 par les protestants, défenseurs du Roi de Navarre, futur Henri IV, qui occupaient le château de La Garnache. Avec l'autorisation de l'évêque, Mgr de Lescure, le P. de Montfort décide les paroissiens à restaurer la chapelle pour en faire un beau sanctuaire en l'honneur de N-D de la Victoire. Il en fait les plans, commande la statue et promet de revenir pour la bénédiction de la chapelle.
Après avoir commencé ses travaux apostoliques dans le diocèse de La Rochelle, il revient en Vendée pour prêcher la mission de l'île d'Yeu au printemps 1712. Pendant ce temps, les travaux de la chapelle à La Garnache sont achevés et le 5 mai 1712, jour de la fête de l'Ascension, le P. de Montfort, fidèle à sa promesse, vient bénir la chapelle de N-D de la Victoire. Les fidèles sont si nombreux qu'il doit prêcher dehors. Ils sont si enthousiastes qu'ils semblent insensibles à la pluie diluvienne qui s'abat sur eux à ce moment-là.

Retour de mission

Le P. de Montfort a beaucoup aimé les paroissiens de La Garnache. Après la mission de St Christophe du Ligneron à la fin juin 1712, il revient les voir pour leur prêcher une retraite de 3 jours. Il prend comme thème de prédication : la préparation à la mort. Il imagine de frapper les intelligences et les cœurs par un jeu scénique qui rappelle les «Mystères du Moyen-âge». Le Cantique n° 127 donne un aperçu de la mise en scène.
Assis dans un fauteuil, le crucifix à la main, le P. de Montfort joue le rôle du moribond. À sa gauche, un autre prêtre représente le démon et un 3ème à sa droite, le bon ange. Sous les yeux des fidèles, les derniers moments sont évoqués. Résistant au démon qui veut le détourner de Dieu, le mourant lutte en écoutant les suggestions du bon ange. Le missionnaire joue son rôle avec tant de foi et de simplicité que les spectateurs sont marqués profondément et se décident soit à changer de vie, soit à s'ancrer davantage dans leur fidélité au Seigneur.

3 lieux à voir aujourd'hui à La Garnache :

La chapelle N-D de la Victoire
Bien conservée, dont les vitraux rappellent les guerres de Vendée et la mission du P. de Montfort. La statue N-D de la Victoire y trône en bonne place.

Le Calvaire du Grand Pont
Placé ici en clôture de mission. Actuellement, un beau calvaire en pierre le remplace. Il est bien mis en valeur sur la place de la mairie.

L'église paroissiale
Elle est bâtie sur l'emplacement de l'ancien jardin de la cure. Une chapelle latérale dédiée à St Louis-Marie de Montfort possède de beaux vitraux relatant plusieurs épisodes de la vie du missionnaire.

La mission de Sallertaine (mai 1712)

Elle commence le soir même de la bénédiction de la chapelle N-D de la Victoire. Les paroissiens de La Garnache, enthousiastes, accompagnent le P. de Montfort en procession. De Sallertaine, bourgade située au cœur du marais, un tout petit groupe comprenant le curé et quelques vieilles personnes vient au-devant du missionnaire. Une croix de pierre, visible encore de nos jours, indique le lieu de la rencontre. Les 2 groupes se dirigent vers l'église de Sallertaine.

Des débuts difficiles

L'église avait été fermée et la clé mise en lieu sûr. Après l'accueil chaleureux de La Garnache, c'était comme un vent du Nord soufflant sur le marais glacé. Mais pour désarmer l'apôtre au cœur de feu qu'est le P. de Montfort, il en faut plus que cela. Au moment où la procession arrive, les gens de Sallertaine jouent bruyamment dans la rue, s'interpellent d'une maison à l'autre. Des éclats de rire et des huées accueillent le missionnaire. Même des pierres sont lancées sur lui. Le cortège arrive devant l'église. Apprenant qu'elle est fermée, le P. de Montfort groupe les gens autour d'une croix (elle subsiste toujours), remercie les gens de La Garnache, les bénit et leur demande de prier pour la mission qui va commencer. À ce moment, les portes de l'église s'ouvrent d'elles-mêmes, monsieur le curé y entre suivi de son petit groupe de fidèles qui grossit à vue d'œil.
Le P. de Montfort veut tout de suite faire sauter le «verrou» qui bloque l'ouverture de la mission. Il se rend chez l'homme qui avait organisé la résistance. Après une aspersion d'eau bénite, il place un crucifix et une statuette de Marie sur la cheminée, se prosterne et prie. Il s'adresse au maître de maison : «Monsieur, ne croyez pas que je vienne ici de moi-même, c'est Jésus et Marie qui m'envoient ! Ne voulez-vous pas bien me recevoir de leur part ?». «Mais oui, volontiers !» répond l'homme subjugué. «Alors, venez avec moi à l'église !». Il s'y rend avec toute sa famille et le P. de Montfort le place au 1er rang. La mission peut commencer.

Le missionnaire paie de sa personne

Il loge dans un réduit pauvre et incommode : un peu de paille lui sert de lit ; 3 heures de sommeil interrompues par de sanglantes disciplines. Chaque jour : prédications, conférences, catéchisme, entretiens particuliers et confessions. Et tout cela vécu avec un extérieur recueilli, comme plongé dans la contemplation.

Les fruits de la mission

La pacification des esprits :
Chaque jour, il est l'arbitre de disputes et de querelles. Il liquide plus de 50 procès qui empoisonnaient le climat de la paroisse et prépare plus de 100 réconciliations. Il restaure la justice dans les consciences en obtenant que les dommages soient compensés et les restitutions accomplies.

La restauration d'une chapelle :
Pour laisser un centre de culte à Marie et pour perpétuer le Rosaire, il restaure dans l'église la chapelle de N-D de Bon Secours.

L'érection d'un Calvaire monumental :
alors que la mission bat son plein, le P. de Montfort propose d'ériger un calvaire monumental sur une faible butte, à la sortie du bourg. Bientôt se dresse un sépulcre puis une chapelle voûtée en l'honneur de St Michel, surmontée d'une lanterne dont la flamme devait être visible des villages environnants et enfin, au sommet, 3 croix se détachent en plein ciel. À l'inauguration, tout le monde est présent. La croix est portée en triomphe par des gens pieds nus. Chacun porte une petite croix, un chapelet et le contrat d'alliance du baptême. Ce calvaire sera détruit un mois après car des intrigants feront croire à Mr de Charmilly, gouverneur de La Rochelle, que ce monuments cache des armes. Un autre calvaire a été rebâti au même endroit.

Une leçon percutante :
Une demoiselle aimait faire étalage de sa vanité et de sa prétention jusque dans l'église. Le P. de Montfort l'invite à la modestie. Mortifiée, elle rapporte le fait à sa mère qui venge sa fille en assénant des coups de canne sur la tête du missionnaire. Celui-ci lui dit calmement : «Madame j'ai fait mon devoir ; il aurait fallu que votre fille fasse le sien !».

Une clôture triomphale

À la procession de clôture, plus de 15.000 personnes sont là pour entendre le missionnaire une dernière fois. En foule compacte, les paroissiens de Sallertaine, voulant faire oublier leur premier accueil, l'escortent vers St Christophe du Ligneron où une autre mission va commencer.

La mission de St Christophe du Ligneron (juin 1712)
Incident dès l'arrivée

Comme le P. de Montfort arrive dans la bourgade, un homme fend la foule, se jette sur lui et le gifle. «Laissez-le !», dit le missionnaire, «il sera bientôt à moi». En effet, l'insulteur sera l'un de ses premiers pénitents qui veut réparer publiquement sa faute.

Affrontement avec l'avarice

Les époux Tangaran se sont enrichis par des prêts usuraires. Le mari, touché par la grâce de la mission, décide de mettre de l'ordre dans ses comptes mais son épouse s'y oppose. Elle est inflexible aux exhortations du missionnaire qui menace les 2 époux : «la fortune que vous avez amassée ne vous servira à rien. Vous finirez vos jours misérablement. Vous n'aurez même pas de quoi payer votre enterrement !». «Oh !», dit la femme, «il nous restera bien 30 sous pour payer les cloches !». «Même pas I», répond le P. de Montfort, «les cloches seront muettes le jour de vos funérailles !». Tous 2 sont morts un Jeudi Saint, les cloches n'ont donc pas sonné pour leur sépulture.

Une autre prédiction

Le bois de la croix prévu pour le calvaire semble mince pour défier le temps. «Ne craignez pas», dit le P. de Montfort, «elle durera jusqu'à la prochaine mission !». Celle-ci aura lieu en 1735 et une nouvelle croix sera élevée à la même place. Aujourd'hui, la rue Grignion de Montfort conduit à la croix de fer érigée sur le lieu même de la 1ère implantation de croix.

Le pain multiplié

Marie, la fille du sacristain Jean Cantin, est en train de boulanger. Le P. de Montfort lui demande si elle pense à offrir son travail à Dieu. «J'y pense quelquefois mais je l'oublie souvent», répond-elle. «N'y manquez jamais, ma fille !». Le P. de Montfort s'agenouille et bénit la pâte d'un large signe de croix. Les premières miches de pains sont mises au four. Pendant qu'elles cuisent, la mère Cantin demande à sa fille d'aller recueillir le reste de la pâte. Le reste ? mais la huche est pleine ! Une 2ème et une 3ème fournée sont faites. Tout ce pain va être déposé à la «Providence» et ainsi, de nombreux pauvres auront du pain à satiété. On peut voir aujourd'hui ce «four du miracle».

Une précieuse relique

À la fin de la mission, le P. de Montfort donne au sacristain un Christ sculpté, peut-être par lui-même, dans un os. Plus tard, la famille Cantin en fera don à Mme de La Roche St André. Ses descendants conservent précieusement cette relique et se font une joie de la montrer aux «pèlerins».
Ces 3 missions soulignent bien 3 points forts de la spiritualité montfortaine : l'amour du Christ et de sa croix ; l'amour de Marie et l'amour des pauvres.

François Garât, Fr de St Gabriel
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 9, 25-28.


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