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Poitiers

St. Louis-Marie > Sa vie

5° "Poitiers, rappelle-toi..."

Ils avaient nom : lui, Louis-Marie Grignion de Montfort, elle, Marie-Louise Trichet.
Louis-Marie sera le Fondateur des Congrégations montfortaines. Marie-Louise sera la co-fondatrice des Filles de la Sagesse.
Le 28 avril 1716, Le P. de Montfort meurt à St Laurent s/Sèvre ; le 28 avril 1759, Marie-Louise Trichet meurt à St Laurent s/Sèvre.
231 ans après sa mort, le P. de Montfort est canonisé. 231 après sa mort, Marie-Louise Trichet est proclamée Vénérable. Elle a été béatifiée à Rome le 16 mai 1993.
Tous deux ont laissé l'empreinte de leurs pas dans la ville de Poitiers. Suivons-les :
Louis Grignion naquit le 31 octobre 1673 à Montfort s/Meu où il fut baptisé. C'est la raison pour laquelle, plus tard, il prit le patronyme de "Montfort", tandis qu'il ajoutait à son prénom celui de Marie.
Il fit ses études à Rennes et à St Sulpice (à Paris) où il est ordonné prêtre le 7 juin 1700.
En octobre 1701, il arrive à Poitiers. Il a 28 ans, la fougue de la jeunesse, un sacerdoce flambant neuf, l'amour des pauvres et la passion des âmes à sauver.
Là se place une rencontre qui va devenir décisive : celle de Marie-Louise Trichet.
A son sujet, rappelons un court dialogue recueilli à la fin du 17ème siècle : constatation déconcertée d'une maman et réponse prophétique de son époux, Julien Trichet, Procureur au Siège Présidial de Poitiers :
"Que ferons-nous de cette fille ? elle est stupide !"
"Dieu fera par elle de grandes choses".
Leur fille, Marie-Louise, née le 7 mai 1684, était la quatrième d'une famille qui comptera huit enfants.
La maison paternelle, adossée au chevet de N-D la Grande, faisait face à l'église St Etienne où Marie-Louise fut baptisée.
De St Etienne, il ne reste plus aujourd'hui qu'un portail de style ogival, au 2 place Charles de Gaulle.
À la fin de novembre 1701, autre conversation. Les interlocuteurs : St Louis-Marie Grignion de Montfort et Marie-Louise Trichet qui a maintenant 17 ans.
La scène se passe dans un confessionnal de St Porchaire :
"Qui vous a envoyée ici, ma fille ?"
"Ma sœur", répond Marie-Louise étonnée.
"Oh ! non, ce n'est pas votre sœur, c'est la Très Sainte Vierge. Venez me voir à l'Hôpital".

Le P. de Montfort avait rétabli l'ordre dans l'Hôpital Général où se trouvaient parqués les exclus. Il y avait lancé un système de restauration à heures fixes et la rue qui porte maintenant le nom de Grignion de Montfort le voyait passer chaque jour, escorté de quelques pauvres, avec un âne efflanqué qui rapportait dans ses bâts les restes des nantis.
Il partageait les conditions de vie de ces pauvres qui "boursillèrent" un jour pour lui acheter un habit neuf.
En janvier 1703, malgré les objections de sa mère, Marie-Louise quitte la maison de ses parents. Elle demande à entrer à l'Hôpital "en qualité de pauvre" pour partager, elle aussi, la vie de ceux qui n'ont aucun moyen d'existence.
Et c'est la rencontre de deux jeunes pleins d'ardeur, de deux caractères qui se complètent harmonieusement. D'un côté, un tempérament fougueux, de l'autre, un solide équilibre.

Le génie d'un saint et la disponibilité de la jeune fille

Marie-Louise désire être religieuse. Le P. de Montfort la forme avec une poigne de fer. Il a discerné en elle celle qui deviendra la première Fille de la Sagesse.
Il l'admet à "la Sagesse", sorte d'association de quelques hospitalisés plus ou moins malades ou infirmes qu'il regroupa pendant deux mois en tentant de leur faire observer une Règle à laquelle il pensait pour sa future Congrégation. Marie-Louise y prend la dernière place, sous la conduite d'une Supérieure aveugle. Toutes se réunissent pour prier dans la pièce où St Louis-Marie a fixé l'austère Croix dite de Poitiers dont on peut voir une réplique à Montbernage.
Noviciat rude s'il en fut. Il faut vivre l'Evangile, entrer, à l'exemple de Marie, dans le mystère "d'un Dieu qui s'incarne pour demeurer avec nous", prolonger dans les gestes de tous les jours ceux de Jésus, Sagesse Incarnée et Crucifiée, discerner les fausses sagesses humaines, se donner avec audace et bonté aux plus délaissés, leur témoigner une exceptionnelle qualité d'amour.
Le 2 février 1703, des mains du P. de Montfort, Marie-Louise reçoit l'habit couleur de cendre qu'elle portera seule pendant dix ans.
Mais les religieuses de vie apostolique ne sont pas cloîtrées et le saint  Fondateur ordonne à Marie-Louise de Jésus de traverser le quartier de Montierneuf, de passer par les rues du Grand Cerf et des Trois Rois où demeurent des parents et amis. Derrière les rideaux, on se la montre du doigt et la nouvelle arrive aux oreilles de Madame Trichet Elle a toujours été réticente à la vocation de sa fille. Cette fois, la mesure est comble ! Elle arrive en hâte à l'Hôpital et ordonne à Marie-Louise de quitter sur le champ "l'enfagotement" qui déshonore les personnes de son rang.
Le P. de Montfort arrive à calmer l'impétueuse maman.
St Louis-Marie montre la route, Marie-Louise s'y engage à fond.

La mission itinérante hante le P. de Montfort. Mgr de la Poype l'y encourage et le charge aussi de diriger la Maison de Pénitentes rue Corne de Bouc (actuellement Caserne Rivaud) où il réside. Si bien qu'en 1705, il laisse Marie-Louise seule à l'Hôpital et il parcourt les bas quartiers du Faubourg de Montbernage, le plus mal famé de Poitiers. Entre les boutiques des tanneurs, des tonneliers, des pêcheurs et des jardiniers qui vivent au bord du Clain, il est accueilli par des jets de pierres. Mathurin Rangeard, un jeune de 18 ans, rencontré au 89 rue des Feuillants et qui sera le premier de la lignée des Frères Coadjuteurs, chante ses Cantiques dans les rues et bientôt l'attitude des gens "adonnés à tous les vices" change d'une manière spectaculaire. Il faut une salle pour les rassembler.
La Grange de la Bergerie, derrière la fabrique des premiers "chabichou" est devenue une salle de danse. Le P. de Montfort l'achète et la transforme en chapelle. Il plante un Calvaire couleur sang car le souvenir de St Fortunat, auteur du Vexilla Régis, est vivace à Poitiers. Et "cet arbre sanglant orné de la pourpre du Roi" donne son nom à la rue de la Croix Rouge.
Puis, le P. de Montfort offre aux habitants une statue de Marie qu'il appelle "la Reine des Cœurs" : il faut passer par son cœur plein d'amour pour trouver grâce auprès de son Fils.
Et pour que la mission continue à porter ses fruits, il demande un volontaire qui rassemblera les gens du quartier auprès de Marie. Jacques Goudeau accepte cet office qu'il remplira pendant 40 ans.
Le P. de Montfort n'avait-il pas écrit dans la célèbre lettre aux habitants de Montbernage : "Il faut que vous serviez d'exemple à tout Poitiers et aux environs".
Modèles de persévérance, ils le furent pendant la Révolution de 1789 où, au péril de leur vie, ils cachèrent les prêtres et continuèrent à célébrer l'eucharistie et à chanter les 164 Cantiques du P. de Montfort !
Cette influence du P. de Montfort a traversé les siècles. Actuellement encore, les habitants du quartier se réunissent chaque semaine autour de la Reine des Cœurs.
Plusieurs d'entre eux descendent à la 9ème génération des familles qui ont été évangélisées par St Louis-Marie. Si vous portez l'un des noms suivants : Bessonnet, Faideau, Fouquet, Gault, Guérin, Marceau, Riveau ou Samson, vous risquez d'en être. Les archives départementales vous le diront.
En même temps qu'à Montbernage, le P. de Montfort exerce son activité missionnaire à St Simplicien, St Saturnin, Ste Radegonde, Ste Catherine et la Résurrection.
À St Savin, il institue une sorte de tribunal populaire où les litiges se tranchent rapidement et sans frais.
Puissante capacité pastorale d'un Saint ! Louis-Marie sait émouvoir l'âme des communautés populaires, les conduire à Marie, et par Elle, à Jésus.
On renouvelle les promesses du baptême, on restaure des sanctuaires en ruines : oratoire du Pont Joubert et Baptistère St Jean.
Des loqueteux abandonnés de tous seront à l'origine de l'Hôpital des Incurables qui deviendra plus tard l'Hôpital Pasteur.

Dans la chapelle des Calvairiennes (à l'entrée actuelle du Parc de Blossac), le P. de Montfort termine une mission. On doit brûler publiquement livres et tableaux obscènes et dans les cendres, planter la Croix. Quelques surexcités renchérissent sur l'idée du missionnaire... Débordement... La cérémonie du bûcher frise le carnaval populaire... Soudain... Coup de théâtre !... Un carrosse s'arrête sur le parvis. Monsieur de Villeroi, Vicaire Général du diocèse en descend et humilie sévèrement le prédicateur.
Comment se passera le lendemain la clôture de la mission ? Malgré le drame, elle sera solennelle et dans une atmosphère d'émotion intense ! Tous sont venus témoigner au missionnaire leur attachement.
Quelques jours après, ordre sera intimé au P. de Montfort de quitter Poitiers immédiatement.
C'était au début du carême de l'année 1706. Cruel paradoxe ! Dans une ville où la voix populaire l'appelle "saint" on le rejette, et ceci au moment où il a trouvé le vrai sens de sa vocation : susciter le renouvellement spirituel de l'Église !
C'est alors qu'il part à Rome à pied, et le Pape Clément XI lui confère le titre de "missionnaire apostolique".

Sr Madeleine du Christ-Roi
f.d.l.s. (à suivre)
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 7, 14-16.


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