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Pontchâteau encore...

St. Louis-Marie > Sa vie

12° St Louis-Marie à Pontchâteau

L'histoire nous réserve toujours des surprises. Ainsi est faite la vie. Du Calvaire monumental, de l'œuvre accomplie par le P. de Montfort, il ne reste que peu de choses. Je ne parle pas ici du grand Christ en bois que nous pouvons vénérer aujourd'hui dans la chapelle, au pied du Calvaire, et qui fut ramené en ce lieu bien plus tard. Je veux parler d'une petite feuille de papier qui a traversé les siècles, conservée non seulement comme une relique précieuse, mais comme un programme de vie. Il s'agit du Contrat d'Alliance avec Dieu.

Le P. de Montfort fait signer un Contrat d'Alliance avec Dieu

C'est un document que le P. de Montfort remet aux personnes qui, au cours de la mission, renouvellent les promesses et les vœux de leur baptême. C'est le cœur de son apostolat. Il veut renouveler, en chaque chrétien, l'esprit du christianisme. Il veut que chacun retrouve le dynamisme et la force de son baptême. Il invite à retourner à la source d'eau vive, au souffle de l'Esprit, que l'habitude ou la négligence ont enfouis comme un trésor oublié dans un champ. Il fait signer ce Contrat comme un acte officiel car la foi au Christ n'est pas seulement une «affaire privée, individuelles», elle engage toutes les dimensions de la vie dans la société et dans l'Église.
Ce Contrat est un témoignage, une profession de foi : «je crois fermement toutes les vérités du Saint Évangile de Jésus-Christ», est-il écrit à l'article 1er. C'est aussi un engagement : «Je me donne tout entier à Jésus-Christ par le mains de Marie pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie». Le P. de Montfort n'est pas l'homme des demi-mesures ; il nous conduit toujours à travers les sentiers épineux et étroits de la sainteté, là où donner veut dire se donner sans retour. Le P. de Montfort veut ainsi introduire tous les chrétiens dans le mystère de l'Alliance qui unit Dieu et son Peuple par les liens de l'amour.
Ce contrat d'Alliance est le témoignage, le support éphémère d'une foi qui transporte les montagnes, comme si la force des chrétiens des environs de Pontchâteau s'appuyait sur l'épaisseur fragile de cette feuille de papier pour reconstruire de nouveau le Calvaire que la dureté des hommes a détruit.

Reconstruction du Calvaire

Le Calvaire tel que nous pouvons le voir aujourd'hui est le témoignage des luttes et de l'acharnement de tout un peuple à défendre et à proclamer sa foi en Jésus-Christ, jadis annoncée par le P. de Montfort. Dès 1747, on en reprend la restauration, mais les difficultés de 1710 reviennent (cf l'article précédent sur la destruction du Calvaire). Il faudra attendre 1783 pour que les successeurs du P. de Montfort y replantent les 3 croix, mais une nuit de 1793 verra de nouveau le Calvaire saccagé, la vieille chapelle incendiée, les croix et les statues brûlées : la croix du Christ garde son mystère de contradiction. C'est en 1821 que le curé de Pontchâteau et ses paroissiens, dans un élan de foi comparable à celui qui animait leurs ancêtres de 1709, relèvent le Calvaire qui devient, à nouveau, le centre de pèlerinage que nous connaissons aujourd'hui.
Dans son état actuel, le Calvaire et les différents monuments dispersés dans le parc sont les aménagements successifs entrepris par les Pères montfortains. En 1873, on construit la chapelle du pèlerinage. De 1888 à 1913, c'est le chemin de croix qui, lentement, va être tracé, ponctué çà et là par ses stations aux statues grandeur nature. On édifiera également les grottes de Bethléem et de l'agonie qui, dans la tranquillité d'un sous-bois, favorisent le recueillement, et la petite maison de Nazareth où sont figurés le mystère de l'Annonciation et l'atelier de Joseph ; ici sans aucune parole se dit l'étonnant mystère de l'Incarnation, dans la joie profonde et pure d'une naissance, dans la simplicité d'une vie de famille, dans la noblesse du travail et jusque dans les souffrances et les angoisses d'une mort à venir. De 1923 à 1943, on construit le «Temple de Jérusalem» avec ses hauts murs crénelés, la Maison de la Visitation et celle du Cénacle qui semblent perdues parmi les arbres. Sous une gangue austère de ciment, ces monuments abritent des fresques où sont représentées des scènes évangéliques.

Le Calvaire aujourd'hui

Ici, tout l'Évangile se déploie dans la couleur des peintures et le relief des statues. On peut suivre Jésus pas à pas et s'instruire à son école. On peut venir s'y promener, se laisser guider par ce qu'évoque tel ou tel monument planté dans une nature accueillante ou s'arrêter pour un temps de méditation et de silence. Comme au temps du P. de Montfort, on y rencontre une grande diversité de personnes : des pèlerins isolés ou en groupe venant faire un chemin de croix ou se recueillir, un moment, au pied du grand Christ en bois ; des personnes du 3ème âge ou des enfants du catéchisme, des touristes ou des promeneurs qui profitent d'un cadre agréable... Le Calvaire est un lieu ouvert sur le monde et le monde y vient tel qu'il est avec ses joies, ses espoirs ou ses désespoirs, ses souffrances cachées qu'on dit tout bas, qu'on ose à peine murmurer. Qui déchiffrera le chant silencieux des cierges déposés devant quelques statues ? Chant de louange ou de détresse ? Cris lancés vers Dieu.
Le Calvaire se dresse comme un repère, un point de référence. On s'y réunit et s'y rassemble. Il consolide ou crée des liens autour de Jésus-Christ. On y vient en «habitués» ou en curieux attirés par cette hauteur insolite. Il est à la croisée des chemins et interroge les passants. Aujourd'hui encore, le Calvaire de Pontchâteau interpelle. Certes, il fait partie intégrante d'un certain «patrimoine» historique et religieux entretenu avec soin par une équipe de bénévoles : les «Travailleurs du Calvaire» qui, par leur présence discrète et efficace, rendent ce lieu accueillant. Il appartient ainsi au monde de la culture et son parc verdoyant peut se réclamer d'une certaine qualité de vie et d'un sens écologique auxquels notre temps est si sensible. Mais tout cela est au service de la foi chrétienne. Sans elle, le Calvaire perd son âme.

La mission au centre du Calvaire

C'est le dynamisme de la foi au Christ qui a construit et reconstruit le Calvaire ; c'est aussi lui qui donne à ce lieu une extraordinaire fécondité spirituelle. Le Calvaire de Pontchâteau est le centre d'une grande aventure missionnaire. Lieu de rassemblement, il est également un lieu d'envoi. En effet, le 1er grand séminaire pour la mission d'Haïti y est fondé en 1872 par l'archevêque de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Ce séminaire va prendre le nom d'un grand missionnaire : St François-Xavier, héraut de l'Évangile en Inde et au Japon. Puis quelques années après, on crée une école apostolique pour former les enfants désirant devenir missionnaires. On vient de Belgique, des Pyrénées, d'Auvergne, de Franche Comté pour se préparer à la mission au service de l'Église d'Haïti ou dans la Compagnie de Marie (les Frères et Pères montfortains). Le passage d'un saint creuse toujours des sillons. La terre travaillée par le P. de Montfort est devenue une pépinière de vocations. Malheureusement, l'histoire a vu la disparition de cette école apostolique tandis que le grand séminaire s'est transporté, aux environs des années 1880, dans le Morbihan pour devenir la maison de formation des Pères de St Jacques, qui travaillent toujours en Haïti.
De cet élan apostolique, il reste le musée des Missions, qui n'est pas le souvenir d'un passé révolu mais le témoignage vivant de la mission d'aujourd'hui. Situé au bord de la route, il est aussi un lieu d'accueil, une porte ouverte pour un dialogue. On peut y voir et acheter des objets exotiques venus de ces lointains pays où souvent germe et vit une jeune Église. À travers ces objets, c'est un autre peuple que nous rencontrons, comme si nous prenions la main que nous tendent, pardessus les mers et par-delà le temps, ces artistes et artisans inconnus.

La Croix demeure attachée au Calvaire

St Louis-Marie Grignion de Montfort s'est exclamé au sujet du Calvaire : «Oh ! qu'en ce lieu l'on verra de merveilles. Que de conversions, de guérisons, de grâces sans pareilles... Oh ! que de gens y viendront en voyage, que de processions pour voir Jésus» (Cantique n° 164, 10-11 ). Son cœur d'apôtre a vu «par avance» la fécondité d'une œuvre vraiment évangélique. C'est au service de cette même mission que travaillent aujourd'hui les Sœurs de la Sagesse, les Frères et Pères montfortains présents au Calvaire de Pontchâteau. Lointains héritiers du P. de Montfort, ils essaient de vivre et de témoigner à leur manière d'une même sagesse : «Je n'ai rien voulu savoir parmi vous sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié» (1 Co 2,2).
Le Calvaire de Pontchâteau, solidement et fièrement enraciné dans la lande de la Madeleine, est paradoxalement le signe de la faiblesse, de l'échec, de l'épreuve. Échec personnel du P. de Montfort qui a vu son œuvre détruite dans le scandale ; un échec qui, comme la croix, est promesse de vie. Ce Calvaire est aussi pour les montfortains le lieu où est ressentie durement l'épreuve du manque de vocations puisqu'il abrite un noviciat sans novices... Et pourtant, l'Église a un besoin extrême de ces «missionnaires à la Montfort» qui, comme lui, veulent courir le monde la croix à la main et l'Évangile à la bouche pour faire aimer et connaître Jésus-Christ...

Chers lecteurs et lectrices du "Règne de Jésus par Marie", je me permets de vous faire une demande : priez pour les montfortains qui, chaque mois, vous partagent la spiritualité qui les fait vivre et leur amour de Jésus-Christ et de la Vierge Marie ; priez le Maître de la moisson pour qu’il leur envoie des ouvriers... ; priez aussi pour l'Église d'Haïti qui traverse un temps d'épreuve insoutenable. C'est avec de petites poignées de terre que le Calvaire de Pontchâteau a été construit. Qui sait ce que deviendront nos humbles prières !

P. Olivier Maire, montfortain
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 4, 26-28.


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