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Pontchâteau

St. Louis-Marie > Sa vie

10° St Louis-Marie à Pontchâteau

«Je n'ai rien voulu savoir parmi vous sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié» (1 Cor 2,2).

La mission de Pontchâteau (avril-mai 1709)

En ce printemps de l'année 1709, St Louis-Marie Grignion de Montfort   prêche une mission dans la paroisse de Pontchâteau, petite ville située à une bonne cinquantaine de kilomètres de Nantes. Qui sait ce qui le pousse à établir en ce lieu le Calvaire monumental dont il rêvait ? En effet, depuis 1707 il porte avec lui comme un fardeau précieux un Christ en bois sculpté qu'il avait voulu ériger à Montfort-la-Cane, mais en vain... Ce Christ en bois était refusé. St Louis-Marie l'avait acquis lors d'une mission dans le diocèse de St Brieuc : on avait commandé à un sculpteur un grand Christ en bois mais personne ne voulut le payer... Le P. de Montfort l'acheta avec de l'argent qu'il avait mendié. Dès lors, ce grand Christ en bois, signe de contradiction et de rebut, devient pour lui le symbole vivant de la Croix que le vrai missionnaire doit porter à la suite de Jésus-Christ. Il n'attend plus qu'un lieu accueillant, un haut-lieu, pour y planter cette croix mais il ne sait pas encore qu'il sera obligé de la recevoir au plus profond de son cœur.

Le P. de Montfort veut édifier un immense Calvaire (mai 1709)

Avant la fin de la mission de Pontchâteau, la décision est prise de construire un immense Calvaire à quelque distance de la ville, sur la "Lande de la Madeleine". La parole du P. de Montfort remue les cœurs à un point tel qu'une foule considérable se porte volontaire pour payer de son temps et de sa sueur ce grand ouvrage. Les travaux commencent en été. Des centaines de personnes viennent prêter main forte. Le chantier est impressionnant. Impressionnante est cette montagne artificielle qui surgit de terre. Avec des outils rudimentaires, les gens creusent d'importantes douves dont les matériaux servent ensuite à la construction du Calvaire. Le P. de Montfort sait faire surgir du plus profond des cœurs des ressources cachées et inespérées. Le grand Christ en bois qui avait été signe de contradiction et de rebut devient le centre d'un monde nouveau :
- Il s'en est allé le monde ancien avec ses cloisonnements, ses divisions puisqu'en ce lieu des gens de toutes conditions travaillent ensemble. "J'ai vu", dit le P. Olivier (un des collaborateurs du P. de Montfort), "toutes sortes de gens à y travailler, des Messieurs et des Dames de qualité, et même plusieurs prêtres". Ici, le mur qui séparait les peuples et les nations est abattu. "J'ai vu", continue le même P. Olivier, "des peuples y venir de tous côtés : il y en avait d'Espagne et même de Flandres".
- Il s'en est allé le monde ancien avec ses déchirures puisque le Calvaire est devenu le lieu de la solidarité et de l'unité dans l'ardeur de la foi. Le P. de Montfort y fait chanter : "Travaillons tous à ce divin ouvrage... grands et petits, de tout sexe et de tout âge".
- Il s'en est allé le monde ancien avec ses calculs et son argent puisque le P. de Montfort, sans un sou, mène à bien son projet grandiose qu'un prince fortuné n'aurait pu réaliser. Le Calvaire ouvre le monde à la gratuité ; les personnes qui viennent y travailler n'espèrent qu'un seul salaire : regarder et vénérer le Christ en bois déposé dans une grotte au cœur de cette montagne artificielle.
- Il s'en est allé le monde ancien avec son cortège de misères et de famines puisqu'à cette époque de "chèreté" et de disette le P. de Montfort donne du pain à tous ceux qui en ont besoin, comme en témoigne son premier biographe : "Quoi qu'il y eut grande chèreté de vivres durant le cours de l'année 1709 pendant laquelle Mr de Montfort fit bâtir le Calvaire, il trouva encore le moyen de nourrir une infinité de pauvres qui, sans lui, seraient morts de faim". Par son exemple, il enseigne que le partage fait des miracles de charité.
- Il s'en est allé le monde ancien avec sa logique de guerre et de reconquête puisque le P. de Montfort fait chanter : "Que n'ont pas fait les plus grands de la terre pour recouvrer ce lieu, ayons-le ici sans croisade et sans guerre".
Un monde nouveau se construit, imprégné de l'Evangile. Le Calvaire s'érige lentement. De loin, le P. de Montfort dirige les travaux : il y vient une fois par semaine, le jour de congé des missionnaires. En effet, il donne d'autres missions : à Crossac, à Besné, à Asserac, à Missillac, à Herbignac et à Camoël. De mai à juin 1710, il s'en va à Nantes pour la mission de la paroisse St Donatien, puis en juillet pour celle de Bougenais. C'est au milieu de l'été qu'il retourne au Calvaire de Pontchâteau.

Le Calvaire prend forme. La colline, fruit du travail de tant de gens, reçoit déjà les 3 croix. Celle du Christ, taillée dans un châtaignier magnifique, fait plus de 40 pieds de haut. On peut la voir de toute la région. Autour de cette "montagne sainte", le P. de Montfort fait planter 150 sapins et 15 cyprès pour former un immense Rosaire. Il projette de faire construire plusieurs chapelles où chaque mystère serait figuré. A l'entrée, 2 jardins se font face : le "Paradis terrestre" et le "jardin des Oliviers".

En plus de son grand Christ en bois, il fait sculpter les 2 larrons, N-D des Douleurs, Marie-Madeleine et St Jean... Pour accéder au pied de la Croix, il y a un chemin en forme de "coquille d'escargot" le long duquel est suspendu un grand Rosaire dont les grains ont la grosseur de "boules à jouer".

But du Calvaire : rappeler la Passion du Christ

Le Calvaire du P. de Montfort est plus qu'une simple image du Calvaire de  Jérusalem. A défaut de pouvoir aller en Terre Sainte, c'est la Terre Sainte qui se déplace pour venir jusqu'à Pontchâteau : "Nous avons le Calvaire chez nous", fait-il chanter. Chaque élément de cette "Montagne sainte" est une page de la Bible.
Le Calvaire de Pontchâteau est, en image, le récit de la Passion de Jésus. Il expose le Christ aux regards. Il le met en lumière : "Laisserons-nous Jésus dans la poussière ? Non, non ! fervents chrétiens. Employons tout pour le mettre en lumière", chante le Cantique n° 164 du P. de Montfort. Il initie à sa manière à la contemplation : regarder le Christ, porter sur lui un regard d'amour. A l'entrée du Calvaire, il met un "Ecce Homo", c'est-à-dire une statue représentant Jésus flagellé, couronné d'épines et couvert d'un manteau de pourpre.
L'évangéliste St Jean nous rapporte que Pilate l'a présenté ainsi à la foule en disant : "Ecce Homo" : "Voici l'homme" (Jn 19,5). Humanité déchirée, visage de Dieu défiguré par le péché des hommes. Regarder le Calvaire, c'est méditer l'Évangile : "Près de la croix de Jésus se tenait sa Mère... et Marie de Magdala. Voyant sa Mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa Mère : «femme, voici ton fils». Puis il dit au disciple : «voici ta mère». A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui" (Jn 19,25-27).
Les 2 larrons illustrent le récit de la Passion selon St Luc (Le 23,39-43). A la croix peinte en noir est attaché le mauvais larron "qui se déchire le cœur", exprimant ainsi son refus du Christ. Par contre, le bon larron est sur une croix verte et semble dire encore : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume". La Croix de Jésus est peinte en rouge. Le P. de Montfort suspend à son sommet une colombe en bois figurant l'Esprit Saint. Que veut-il signifier ? Il montre Jésus qui, selon St Jean (Jn 19,30), rendit l'Esprit en mourant ; il montre le lien profond qui unit le Baptême et la
Passion. Jésus ne désigne-t-il pas lui-même sa Passion comme un baptême (Le 12,50) ? La présence de l'Esprit Saint sur la Croix révèle la divinité du crucifié : "Il est vraiment le Fils de Dieu !" (Me 1,10-11 ; 15,38-39).
La statue de la Vierge au pied de la grande Croix, N-D des Douleurs, est l'écho de la prophétie du vieillard Syméon : "Vois ! cet enfant doit être un signe en butte à la contradiction et toi-même, un glaive te transpercera le cœur" (Le 2,34-35). Marie semble dire : "Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente" (Lm 1,12).
Le P. de Montfort installe un "serpent d'airain" qui fait allusion au serpent de métal érigé par Moïse dans le désert : "tous ceux qui le regardaient restaient en vie en étant sauvés de leurs blessures" (Nb 21,4-9). Mais c'est aussi le Christ : "Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que tout homme qui croit ait par lui la vie éternelle" (Jn 3,14-17). Pour le P. de Montfort, la croix est "le remède à tous nos maux" (Cant. 164,15) : "J'attirerai les cœurs les plus rebelles... Je guérirai les plaies les plus mortelles", fait-il chanter à Jésus-Christ lui-même (Cant. 164,20).
L'Ancien Testament et le Nouveau Testament se répondent mutuellement dans les 2 jardins aménagés au pied de ce mont artificiel : "le jardin du Paradis" et "le jardin des Oliviers". Dans le jardin du Paradis, Adam a péché par désobéissance en mangeant du fruit défendu ; dans le jardin des Oliviers, jardin de l'agonie, Jésus, nouvel Adam, nous sauve du péché par son obéissance : "Mon Père", prie Jésus, 's'il est possible que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux mais comme tu veux" (Mt 26,36-46). Après avoir mangé du fruit de l'arbre défendu, l'Arbre de la connaissance du Bien et du Mal, le 1er Adam avait été chassé du Paradis afin qu'il ne puisse plus prendre du fruit de l'Arbre de Vie (Gn 3,24). Jésus, nouvel Adam, nous ouvre l'accès au fruit de l'Arbre de Vie car cet arbre est sa Croix.

(à suivre) P. Olivier Maire, Montfortain
Le règne de Jésus par Marie, 95 (1994), n° 2, 26-28.


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