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Rennes

St. Louis-Marie > Sa vie

2° St Louis-Marie à Rennes

Le temps du collégien (1685-1692)

Rennes est la capitale intellectuelle de la Bretagne. Au 18e siècle elle possède un établissement d'enseignement en pleine prospérité : le collège Thomas Becket dirigé par les Pères jésuites. Il abrite des élèves appartenant à toutes les classes sociales de Haute et Basse Bretagne car l'enseignement est absolument gratuit. En 1685, Louis-Marie venant d'atteindre sa douzième année, quitte sa famille et part à Rennes au collège Thomas Becket.
C'est un jeune un peu timide et renfermé qui entre au collège. C'est un homme fort et vaillant qui en sortira en 1692, prêt à parcourir à grandes enjambées une route qui croisera les mille sentiers tracés par les hommes de son siècle ! Le collège a bon renom ; les élèves y reçoivent avec la formation littéraire une éducation profondément chrétienne. Pardessus tout, on cherche à former des hommes chrétiens : des humanistes il en faut, mais d'abord des chrétiens. Comme tous les collèges de jésuites, celui-ci est une pépinière de grands hommes.
Louis-Marie est un élève excellent ; il faut même dire un brillant élève. Dès la 6ème, il est classé le premier de ses condisciples ; par ailleurs il révèle très vite
un talent d'artiste, et malgré le surcroît de travail trouve encore des moments de loisirs où il s'exerce à la peinture pour laquelle il a un goût et un talent particuliers. Il cultive aussi la poésie qu'il utilisera abondamment plus tard au point de composer plus de 23.000 vers où il exprime toute sa doctrine...
Il vit chez son oncle, l'abbé Robert, à l'église St Sauveur. Chaque jour le jeune collégien va prier
N-D des Miracles et Vertus qui est dans cette église. Il aime aussi se confier à N-D de Bonne Nouvelle, dans la chapelle des Dominicains et à N-D de la Paix, chez les Carmes. Dans la chapelle du collège, il contemple les diverses représentations de Jésus et de Marie et se laisse nourrir par leur message.
Deux années s'écoulent ainsi. Les enfants Grignion grandissent, aussi toute la famille se transporte à Rennes et Louis-Marie retrouve la vie familiale. Au collège de Rennes le jeune adolescent découvre les deux extrêmes de la société française du 17e siècle : la sainteté et le libertinage. Ses professeurs sont des modèles de vertu. Le
Père Gilbert est celui qui exerce le plus d'influence sur notre collégien. Le Père Descartes est son directeur spirituel. Louis refuse la sagesse des "philosophes" et des "esprits forts". Il est prompt à dire "non" à l'esprit mondain et à exposer en termes radicaux de pauvreté, de pénitence et d'humiliation, la manière de suivre le Christ.
L'abbé Julien Bellier
complète le trio des prêtres qui vont marquer l'adolescent.
C'est grâce à lui que Louis-Marie
reçoit le choc de la misère humaine et découvre ainsi un autre aspect de Rennes : cette misère est là dans l'hôpital général St Yves, près de St Sauveur, et dans l'hôpital des incurables. L'abbé Bellier fait franchir le seuil de ces maisons à certains jeunes ; les jours de congé ils vont servir à l'hôpital, faire la lecture de quelques bons livres et enseigner le catéchisme.
Cette découverte des pauvres est peut-être l'événement central de l'adolescence de Louis, en même temps qu'un choix décisif pour toute sa vie. L'hôpital général recueille les mendiants, les clochards, les agonisants couverts de plaies, mais aussi les suspects et les scélérats. Louis-Marie les rencontre tous, dès sa première visite à ceux qu'on englobe sous le nom à la fois sévère et doux de pauvres. Là, il apprend à trouver les paroles qui consolent : mots entrecoupés, gauches, où déjà frémissent l'admiration et le respect devant le mystère que chaque pauvre représente comme "sacrement de Jésus-Christ", dira Louis-Marie un jour ! De plus, Mr Bellier fait miroiter à ses yeux un idéal qui a encore la force d'un modèle : ce sont les missions itinérantes qu'il fait de temps en temps avec Mr Leuduger. Ces hommes créent autour de Louis-Marie un climat spirituel où se plaît l'adolescent. Les Pères Gilbert et Descartes offrent au garçon l'élan initial pour un approfondissement de la vie intérieure tandis que le témoignage de Julien Bellier éveille le désir d'un apostolat actif, concret et populaire.
En temps qu'aîné d'une famille nombreuse, Louis-Marie devient peu à peu le chef de ses cadets qu'il aide avec une délicate attention, acceptant cette précoce responsabilité. En réalité, tous les Grignion semblent un peu dépaysés après la transplantation en ville : ils déménagent d'une maison à une autre, les enfants tombent malades et les deuils se multiplient dans la famille. Louis-Marie lui-même s'intègre mal à la grande école qui l'a accueilli, aussi disparate qu'un petit monde.
Trois années passent et Louis-Marie se retrouve en rhétorique. Pour la première fois, ses condisciples se prennent à faire attention à lui alors que jusqu'ici, pour plusieurs, il n'avait pas même de nom. Il attire par sa stature et son comportement : on remarque sa grande piété, ses gestes fermes et son choix définitivement chrétien, qui font contraste. En effet,
Louis-Marie, le garçon silencieux, commence à agir et à parler au collège, en famille et en ville.
Au collège, il fait partie de la congrégation mariale où il trouve deux amis : Jean-Baptiste Blain et Claude Poullart des Places. C'est au cœur du collège qu'il montre son amour contestataire des pauvres et qu'il se manifeste un jour dans un acte de charité saisissant et peu commun : au nombre des étudiants se trouve un jeune homme d'une pauvreté trop apparente dont les vêtements, plus que fatigués, excitent les railleries des élèves. Louis-Marie en a compassion. Il se fait mendiant pour son condisciple et les camarades, moqueurs mais bons garçons, versent leur obole. La collecte ne fait que la moitié de la somme nécessaire. Loin d'être alarmé, Louis-Marie conduit le jeune écolier chez le marchand : "voici mon frère et votre frère", déclare-t-il sans préambule ; "j’ai quêté dans la classe ce que j'ai pu pour le vêtir. Si cela n'est pas suffisant, à vous d'ajouter le reste". Comment résister à pareil langage quand on a la foi ou simplement un cœur d'homme ? La charité produit donc la charité et le marchand s'exécute : "le pauvre écolier est vêtu de neuf au grand étonnement de tous". Cet acte de charité "est le premier qu'on connaisse de mille autres qui éclateront dans la suite" (Blain).
Louis-Marie devient un expert en charité à l'hôpital St Yves où il fait entrer une pauvre dame qui dit à Mme Grignion, toute étonnée : "Mais c'est votre fils qui m'a fait héberger ici !". Il est probable que l'idéal du sacerdoce grandit lentement durant les années de formation à Rennes. A dix-huit ans, il commence le cours de théologie quand Melle de Montigny, en dette de gratitude envers Mr Grignion, s'offre d'aider la vocation de Louis-Marie et de le faire entrer à St Sulpice, ce qui s'avère possible quelques temps plus tard, en 1692.

Pont de Cesson : un choix décisif

C'est le départ, c'est l'heure de la foi nue, le "Dieu Seul", le fiât à l'appel d'un absolu
! Le pont de Cesson se trouve à 4 ou 5 km au-delà de Rennes en direction de Paris. Traverser un pont ne semble pas grand chose ! Mais dans la vie de Louis-Marie le pont de Cesson prend un sens tout particulier. Son oncle, l'abbé Alain Robert, son frère Joseph et peut-être aussi Jean-Baptiste Blain, l'accompagnent jusqu'au pont de Cesson (son père lui a proposé un cheval pour faire la moitié de la route car il y a près de 350 km pour rejoindre Paris, mais il a refusé).
Ayant dit au revoir à la famille, aux amis, au pays, les siens ayant disparu, il se libère en faveur des pauvres de dix écus que lui a remis son père et troque l'habit neuf que lui a confectionné sa mère contre celui d'un indigent, puis il se jette à genoux, fait vœu de ne jamais rien posséder en propre, et comme François d'Assise il peut désormais dire hautement : "Notre Père, qui êtes aux cieux".
Ce geste de rupture et de libération, ce passage du côté des pauvres, constituent la pierre qui scelle le passé et le commencement de l'aventure de Louis-Marie.

Les "passages" du missionnaire

* Le prêtre Louis-Marie Grignion
repasse à Rennes en octobre 1706, après un pèlerinage au Mont St Michel. Ce passage est marqué par un repas qu'il accepte de prendre chez ses parents après les supplications de son oncle, l'abbé Robert. A son arrivée il s'agenouille, récite une prière et fait la part du pauvre. Il prend une belle assiette blanche et la garnit de tout ce qu'il y a de meilleur sur la table pour l'envoyer aux pauvres de la paroisse.
*
Le sermon chez les religieuses du Calvaire marque aussi les Rennais venus nombreux en curieux. Il fait mettre un prie-Dieu au milieu de la nef et commence : "Vous pensez peut-être entendre un grand prédicateur, un homme extraordinaire ! Je ne prêcherai point. Je vais seulement faire mon oraison, comme je pourrais le faire si j'étais seul dans ma chambre". Les gens sont étonnés mais le saint dit des choses si touchantes sur les souffrances, qu'ils se sentent embrasés de l'amour de Jésus crucifié. Puis il récite le chapelet. A la porte, il fait la quête pour la restauration de l'église St Sauveur.
* Lors de ce même passage, il est aussi invité à
prêcher au grand séminaire de Rennes, confié à cette époque aux fils de St Jean Eudes. Le Supérieur, le P. Essouf, veut le garder mais le P. de Montfort ne fait que passer, la présence des siens pouvant nuire à son ministère.
*
En 1714, le P. de Montfort désire de nouveau s'arrêter à Rennes en allant à Rouen, mais Mgr Turpin lui refuse les pouvoirs. Il fait une retraite chez les jésuites de cette ville, y contemple Jésus crucifié et écrit "la Lettre aux Amis de la Croix". Il rend visite au marquis de Magnane chez qui se trouve le subdélégué de l'Intendant de Bretagne, Mr d'Orville. Ce dernier, qui le prend pour un faible d'esprit, s'aperçoit bientôt que la dévotion du P. de Montfort envers Marie s'enracine dans les profondeurs mêmes des vérités religieuses que le saint expose avec conviction. Découvrant des aspects insoupçonnés de la vie chrétienne, Mr d'Orville promet de réciter le rosaire tous les jours et prie le missionnaire de le guider dans la voie de la perfection.
*
Fin 1714, toujours à Rennes, le P. de Montfort vient revoir Mr d'Orville qui s'est décidé à une vie parfaite et gémit des désordres qui se commettent près de sa maison, sans trouver le moyen d'y remédier. L'apôtre de Marie invente un plan de victoire : "Plaçons", dit-il, "au-dessus de votre portail, dans une belle niche, une statue de la Vierge Marie, j'ai confiance que l'on verra bientôt cesser les scandales". Le travail achevé, le saint commence le rosaire en public, suivi des personnes pieuses du quartier. Le P. de Montfort leur fait promettre de revenir tous les soirs et charge Mr d'Orville de présider la prière, ce qu'il fait à partir de ce jour non sans rougir ni trembler, mais la volonté ne cède pas. En vrai disciple du P. de Montfort, il a tué le respect humain.

En 1724, Sœur Marie-Louise de Jésus

(Marie-Louise Trichet), première Fille de la Sagesse vivant de la spiritualité du P. de Montfort, vient avec trois autres Sœurs annoncer l'Evangile de Jésus-Christ aux petites filles pauvres du faubourg l'Evoque à Rennes. Là encore se réalise une parole prophétique du P. de Montfort prononcée à la Rochelle en 1715 : "Ne soyez pas en peine, ma fille, si l'établissement d'ici cesse de subsister, il y a à Rennes une maison où vous irez".
L’école est ouverte, puis bientôt un orphelinat établi sur un solide capital m A d'espoir en la Providence. Cette confiance ne sera pas déçue. Cette première fondation, après l'installation de la Maison-Mère à St Laurent s/Sèvre en Vendée, va connaître quelques mutations... mais les Sœurs de la Sagesse continuent l'œuvre de leur fondateur qui est maintenant vénéré près de ses Madonnes préférées : N-D des Miracles et Vertus, et N-D de Bonne Nouvelle.

Filles de la Sagesse
12, rue du P. Grignon 35000 RENNES
Le règne de Jésus par Marie, 94 (1993), n° 2, 22-26.


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