FOLLOW
Aller au contenu

St Laurent S/Sèvre encore...

St. Louis-Marie > Sa vie

20° St Louis-Marie à St Laurent S/Sèvre


Vers le 15 avril 1716... la dernière lettre

De La Rochelle, Sr Marie-Louise de Jésus t'écrit ses difficultés et te demande conseil... Tu connais la foi et l'obéissance de celle qui recevra ton message. Tu l'invites à lever son regard vers le cœur transpercé du Sauveur. Elle y trouvera «son rendez-vous assuré, sa demeure cachée». «Si vous êtes l'élève de la Sagesse... votre abandon... vos mépris, votre pauvreté... vous paraîtront doux... puisqu'ils sont le prix de la Sagesse».

«Bienheureux qui s'appuient sur Dieu seul par Jésus-Christ» (C.28)
Cette ligne de conduite, tu en fais celle de la congrégation de «femmes consacrées à la Sagesse, le Verbe incarné, dévorées du même amour pour les pauvres». Congrégation que tu as tant désirée et pour laquelle tu as tant prié et souffert... Elle ne peut être fondée que sur la Croix du Calvaire. Comment pourrait-elle vivre la folie de l'Évangile sans épouser la folie de la Croix ? «J'attends d'autres renversements pour mettre votre foi et votre confiance à l'épreuve», écris-tu.
Tu ne caches rien à ta première disciple des combats à venir, mais tu lui prescris le remède infaillible : la Croix de Jésus-Christ.
Sr Marie-Louise n'est pas seule, ses compagnes de La Rochelle et la future «pépinière» de Filles de la Sagesse reçoivent le même commandement :

«Aimez d'un amour immense... mais par votre obéissance réglez votre charité» (C.149)
«Mes chères filles, je ne vous oublierai jamais, pourvu que vous aimiez ma chère Croix en laquelle je suis allié, tandis que vous ne ferez point votre propre volonté mais la sainte volonté de Dieu dans laquelle je suis tout à vous...».
Folie de la Sagesse... Folie de la Croix...
Folie des vrais disciples de Jésus-Christ...

21 avril 1716 : la dernière procession... la dernière prédication...

Mgr de Champflour, évêque du diocèse, annonce sa visite à la paroisse. Tu en es heureux et tu veux le recevoir comme le représentant du Christ. Tu proposes d'organiser une procession solennelle : bannières du Rosaire... étendards de la Vierge Marie... oriflammes... cantiques... bel ordre de la foule... Rien ne sera trop beau pour accueillir l'envoyé du Seigneur.

«Que je me fasse tout à tous avec un cœur ouvert et doux» (C.22)
Ton âme est en fête, mais ce suprême effort te trahit... Une pleurésie t'épuise et tu ne peux aller dîner au doyenné... Tu dois pourtant, car  la mission continue, assurer la prédication de l'après-midi. Mr Mulot essaie en vain de t'en dissuader... et tu montes en chaire. Quel testament vas-tu laisser à ce peuple où le bon grain est mêlé d'ivraie, où des querelles tenaces résistent à la grâce de la réconciliation ? Sera-ce la Croix, comme à la maison des incurables, comme aux Filles de la Sagesse ? Tous ont les yeux fixés sur toi, inquiets de ta pâleur et subjugués par le feu de ton regard... Et tu leur parles de la douceur de celui qui a dit :
«Apprenez de moi
que je suis doux et humble de cœur».

«Dieu n'est qu'amour et que douceur» (C.21)
Tu l'as toi-même si souvent contemplé, si longtemps écouté, que ta vie traduit maintenant ses gestes de bonté, de miséricorde et de douceur envers tous : petits enfants, pécheurs, prostituées, apôtres, Judas même, ses bourreaux, le larron... Tu retrouves les accents poignants qui bouleversent les cœurs. Ta faiblesse disparaît, vaincue par ton amour. Tu l'as dit et tu l'as écrit :
«Jésus n'est qu'amour...
donné par l'amour du Père...
formé par l'amour du Saint Esprit...
Il est né de la plus douce...
de toutes les mères, la divine Marie» (ASE n°118).
Ton regard s'enflamme... dernière flambée du feu qui te dévore... Tu exaltes la douceur de l'Agneau de Dieu...
«Douceur à nulle autre pareille, capable de faire éclater la pierre la plus dure et, plus dur que la pierre, le cœur humain» (A. Frossard).
Il te reste, Louis-Marie, à communier à cette douceur, à vivre en elle tes derniers jours, comme ton Maître a vécu son Calvaire et sa mort...

La dernière semaine

«N'ayons nulle attache au monde, volons-y comme un oiseau, mais dans une paix profonde, et pauvre jusqu'au tombeau» (C.28)
Par obéissance, tu acceptes un martelât pour soulager ton pauvre corps brisé de souffrance...
Conscient de ton état, devant l'impuissance des soins et des remèdes, tu demandes à te confesser, à recevoir le Saint Viatique et l'Extrême Onction... Tu dictes ton testament à Mr Mulot et lui confies tout ce qui est à l'usage des missions. Personnellement, tu n'as rien que ton propre corps et ton cœur qui n'a battu que pour Jésus-Christ... et tu les as si souvent livrés à Jésus par Marie qu'ils ne t'appartiennent plus... Humblement, tu les reprends et par eux commence ton testament :
«Je soussigné, le plus grand des pécheurs, veux que mon corps soit mis dans le cimetière et mon cœur sous le marchepied de l'autel de la Sainte Vierge...» (27 avril 1716).
La Compagnie des Missionnaires dont tu as rêvé n'est qu'à peine ébauchée... Va-t-elle mourir ? Non ! Tu l'as demandé à Jésus pour sa Mère... Tu prends la main de ton fidèle compagnon et disciple, René Mulot... et tu l'encourages à continuer :
«Ayez confiance, mon fils, ayez confiance,
je prierai Dieu pour vous, je prierai Dieu pour vous !».
Durant ces journées de lente agonie, tu revis sans doute ces «dispositions pour bien mourir» auxquelles tu consacrais ton temps de prédication pendant les missions.

«Pardonnez à vos ennemis, aimez-les comme des amis» (CM)
Et tu pardonnes de bon cœur à tes ennemis, comme Jésus l'a fait...
tu demandes pardon à ceux que tu as offensés
tu recommandes tes proches et tes amis à la Sainte Vierge tu remercies Dieu des croix et des persécutions qu'il a eu la bonté de t'envoyer
tu baises ton crucifix et répètes : «Deo gratias !»

«Je chante... en tout temps, en tout lieu... les bienfaits de mon Dieu» (C.28)
Unis à Jésus et à Marie, tu attends avec joie l'heureux instant de la mort... Étape ultime de ta vie, ne couronne-t-elle pas ces heures de grâces qui affluent à ta mémoire :
l'appel au sacerdoce quand tu priais N-D de la Paix dans la chapelle des Carmes de Rennes
ton vœu de pauvreté au pont de Cesson et ton vœu de chasteté un certain samedi, à N-D de Paris
ta longue prière à N-D de Sous Terre, dans la crypte de Chartres
ta 1 ère messe à St Sulpice
les conseils du Pape Clément XI...
et les pauvres, tous les pauvres à aimer...
Les voilà, en ce 28 avril, tous : les pauvres et les riches... ils se pressent à ta porte, ils veulent te revoir, recevoir une dernière fois ta bénédiction, celle du père à ses enfants désolés... Conscient de ton indignité, tu hésites : «Bénissez-les avec votre crucifix», te suggère R. Mulot, «ce sera Jésus-Christ qui leur donnera sa bénédiction». 3 fois, la pauvre chambre se remplit... 3 fois, tu élèves ton crucifix, et devant le chagrin de cette foule qui t'aime tu as la force de chanter :
«Allons mes chers amis,
Allons en paradis.
Quoiqu'on gagne en ces lieux,
Le paradis vaut mieux !».

«... J'ai Jésus et Marie gravés dans mon cœur. Puis-je avoir un plus pur bonheur ?» (C.99)
Tous t'ont revu et te revoient longtemps encore, ton crucifix pressé dans ta main droite et dans ta main gauche, proche de tes lèvres, la statuette de «ta bonne Mère» qui ne t'a jamais quitté. À travers elle, ne rejoins-tu pas ceux et celles à qui tu la faisais baiser après le renouvellement des promesses du baptême ? Ton heure approche... tu semblés t'assoupir... Non, toi le héraut de la Croix, tu livres encore un rude et suprême combat. Un dernier cri de victoire déchire le silence :
«C'est en vain que tu m'attaques, Je suis entre Jésus et Marie. Deo gratias et Mariae ! Je suis au bout de ma carrière, C'en est fait, je ne pécherai plus !».

«À qui vaincra, dit le Seigneur, à qui me restera fidèle, je communique ma douceur, ma grâce et ma gloire éternelle» (C.34)
Et dans la paix, comme ton Sauveur, tu remets à Dieu ton esprit. C'est le mardi 28 avril 1716 vers 20h, dans la pauvre chambre du Chêne vert.

Mercredi 29 avril 1716

La mission continue, et selon son programme il faut procéder ce matin à l'érection du calvaire. La Croix, comme elle est présente ! «Mes frères», dira seulement le P. Mulot, «nous avons aujourd'hui 2 croix à planter» :
premièrement, cette croix matérielle que vous voyez exposée à vos yeux,
deuxièmement, la sépulture de Mr de Montfort que nous avons à faire aujourd'hui...
À la nouvelle de la mort du missionnaire, une foule nombreuse de prêtres et de fidèles accourt de tous côtés, désirant le revoir et assister à sa sépulture. Le corps est donc porté à l'église paroissiale et exposé au milieu de la nef, et la confrérie des Pénitents Blancs établie par le P. de Montfort est requise pour veiller sur le cercueil.
Dans la soirée, on célèbre les funérailles et le corps du «fils bien-aimé» de Marie est inhumé dans la chapelle de la Sainte Vierge de l'église paroissiale, dite chapelle N-D des Lhomedés, à gauche, près de la balustrade.
Le grain choisi par le Seigneur
pour ensemencer la terre du petit bourg vendéen
ne tardera pas à germer...

Sr Jean-Marie de la Sagesse, f.d.l.s.
Le règne de Jésus par Marie, 96 (1995), n° 4, 23-26.


Retourner au contenu