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St Laurent S/Sèvre

St. Louis-Marie > Sa vie

19° St Louis-Marie à St Laurent S/Sèvre

Sa dernière étape : 1716

«Allons, mes chers amis,
allons en Paradis» (C. 152)
Dernier pèlerinage... Dernière prière ardente devant la Vierge des Ardilliers... Dernier voyage à pied... Derniers cantiques du «vagabond» de Dieu sur la route... Dernière mission... Dernière vision d'une terre à ensemencer d'Évangile...

«Ô Sagesse, venez, le pauvre vous en prie» (C. 124)
Quand tu découvres, du haut de la colline, la vallée de la Sèvre et ses vertes prairies ; quand ton regard se pose sur l'antique église romane et que jaillit de ton cœur une prière ; quand tu embrasses les vieux toits d'ardoises ou de tuiles rondes que son clocher protège... Penses-tu, Louis-Marie, que Dieu prépare cette terre pour une semence de son choix ? Dirais-tu encore, devant ce nouveau champ du père de famille que «tu mourras avant que l'année soit finie» ?
Tu as 43 ans, en pleine maturité apostolique : depuis 10 ans, tu parfais ton expérience missionnaire sans souci de la fati des contradictions, des pénitences ou des épreuves de tous genres qui épuisent ton organisme...

«Je ne puis reposer une heure ...en voyant Jésus offensé» (C.22)
Depuis ta jeunesse, tu as conscience de l'immensité de la tâche missionnaire... Que de fois tu l'as dit !

«Mon Dieu, vous seul et le salut des âmes» (C.22)
«Ô mon Dieu, pour votre Évangile, Je veux souffrir de ville en ville» (C.22)
Ton choix est fait... et tu le réalises... toujours dans l'obéissance. Serein et vaillant, tu réponds, ce 1er avril 1716, à la demande exprès du doyen de St Laurent S/Sèvre, René-Félix Rougeou de la Jarrie, de prêcher une mission dans sa paroisse... Ton âme de poète n'est pas insensible aux landes rocheuses où fleurissent les ajoncs et les genêts, à la chanson de la rivière, aux peupliers que le printemps reverdit et ton cœur d'apôtre tressaille de joie quand tu franchis le vieux pont roman. Sur l'arche centrale, un arceau de granit, une antique statue : N-D du Bon Secours accueille la première son serviteur, son enfant...

«Le secret est d'aimer Marie pour aimer Jésus nuit et jour» (C.5)
Sans doute, tu lui confies le «désir que tu as profondément gravé en toi et que tu demandes à Dieu depuis bien des années : que tôt ou tard, Elle ait plus d'enfants, de serviteurs et d'esclaves d'amour que jamais, afin que par Elle Jésus-Christ, ton cher Maître, règne dans les cœurs, plus que jamais» (V.D. 113). La mission que tu vas entreprendre, c'est «sa mission». Ne fais-tu pas tout dépendre d'Elle, ta Reine et ta Mère ?
«Jésus pauvre, je veux vous suivre, pauvre à pauvre, jusqu'à la mort» (C.20)
La certitude que la Mère de Jésus est aimée, vénérée, priée par ceux et celles qui traversent ici la rivière, ta propre confiance en sa maternelle bonté, remplissent ton cœur d'espérance... adoucissent toute appréhension... Saluer le pasteur de la paroisse, t'abîmer longuement devant le tabernacle, selon ton habitude... Chercher un logement bien pauvre, «ta Providence», dans les misérables dépendances de l'auberge du Chêne-Vert «où tu n'auras pour lit qu'un peu de paille et pour tout meuble que tes instruments de pénitence», ainsi, tu te prépares à l'œuvre de Dieu.
La mission commence le 5 avril, dimanche des Rameaux. Prière, pénitence, charité, visite des braves gens du pays : tisserands et menuisiers ou malades... et pécheurs surtout, occupent-ils les jours que tu pourrais consacrer au repos après le voyage fatigant de Saumur à St Laurent S/Sèvre. Sans doute... Mais tu parcours la campagne, tu choisis l'éminence où sera plantée la croix de mission, l'arbre bien droit dans lequel elle sera taillée et les ouvriers qui auront cet honneur.

«Que le jeûne ou l'austérité soit joint à la prière, sans oublier la charité» (c.16)
A flanc de coteau et proche de la rivière, tu découvres une grotte...( 2 grottes existent dans l'enclos de la Sagesse. La plus proche de la Sèvre est indiquée sur un ancien plan comme grotte du P. de Montfort. En 1875, on y ajoute une niche pour y placer une statue de N-D de Lourdes. L'autre grotte, dite aussi du P. de Montfort, est située plus loin et plus haut, dans le coteau.). C'est un lieu retiré comme tu les aimes, à l'abri de bosquets sauvages... Tu peux y assouvir ta faim de pénitence pour la conversion des pécheurs... Ne dit-on pas que longtemps le rocher garda des traces de sang ? Tu accueilles aussi tes collaborateurs de mission parmi lesquels ton disciple -René Mulot - et son frère Jean, Recteur de St Pompain - Messieurs Le Bourhis et Clisson... Avec eux, tu mets au point le programme de ces 3 semaines de prédications, de catéchismes, de processions, de confessions et de visites, car si tu sais recevoir les imprévus comme des cadeaux de la Providence, tu veux aussi que rien ne soit négligé de ce qui regarde le service de Dieu et du prochain.
Et tes frères, tes compagnons d'apostolat, où sont-ils ? Il semble que le Fr. Gabriel soit le seul avec toi. Le Fr. Mathurin lui-même est absent. Pourquoi ?...

«Ils sont les portraits véritables de Jésus-Christ, pauvre pour nous» (C.21)
Les «affaires en cours», tu ne les oublies pas, témoin la lettre que tu écris le 4 avril de St Laurent S/Sèvre à Mlle Dauvaise, directrice de la Maison des Incurables de Nantes. Tes chers pauvres et infirmes ont une telle place dans ta vie ! Relire cette lettre, c'est pénétrer dans ton âme de père dont la tendresse n'a d'égal que ton abandon à la Providence. Abandon que tu réclames à ceux et celles qui se dévouent aux infirmes... Oui, l'abandon et l'accueil joyeux des contradictions, des souffrances et des croix, ne sont-ils pas les marques infaillibles d'une œuvre de Dieu.

«Aimons Dieu d'un cœur joyeux » (C. 138)
«Cette maison est la maison de la Croix», écris-tu..., «La première chose qu'il faudra faire... sera d'y planter une croix, avec la permission de Mgr, afin qu'elle en acquière le nom, la grâce et la gloire à perpétuité... C'est le premier meuble qu'on y portera»... Abandon, toujours, quant à l'avenir de cette maison. Tu penses y envoyer 2 Filles de la Sagesse propres à cet emploi : «Le service des pauvres». Cela veut dire dédoubler le petit groupe qui travaille à La Rochelle...

«Aimez d'un amour immense. L'amour n'est point limité. Mais par votre obéissance, réglez votre charité» (C.149)
Amour des pauvres et de la croix... Confiance totale en la bonté de Dieu... La prière aussi est indispensable pour connaître l'adorable Volonté du Père des cieux. Tu ajoutes ton intention, «si Monseigneur le permet», de te rendre à Nantes le 5 mai au soir et d'y rester 15 jours. Ton obéissance aux évêques, comme te l'a recommandé Clément XI en 1706, ne se dément jamais... Enfin, tu te recommandes humblement à la prière des Amis de la Croix. Et tu termines ta lettre : «Tout à vous en Jésus-Christ et sa Sainte Mère»...
Humilité, humiliation, humiliation... Deo gratias...
Ce testament aux frères et soeurs des pauvres a franchi les générations et les frontières. Tes consignes n'ont rien perdu de leur richesse et de leur force... ...«Prenez bien soin des pauvres !».

La dernière mission : 5 avril, solennité des Rameaux

«Vive Jésus ! Vive sa Croix !»
Aujourd'hui la mission commence. Devant l'autel de Marie, tu pries... car dans quelques instants, tu parleras de Dieu... mais ta première prédication, tu ne l'as pas préparée. Un geste inattendu te surprendra peut-être toi-même, et plus que par des paroles, le peuple qui emplit l'église en sera marqué profondément. Ce geste de saisir, des mains de celui qui la porte, la croix de procession, de la porter toi-même comme un trophée de victoire... le visage rayonnant d'une sainte joie...
Toi, Louis-Marie de Montfort, l'apôtre de la Croix... de l'amour infini du Seigneur crucifié... toi, identifié en ce moment à ton Maître. Ton cœur et le sien ne font qu'un... et ceux qui te suivent du regard s'en rappelleront lorsque, 3 semaines plus tard, agonisant, tu les béniras, tu leur diras adieu avec ton crucifix.

«N'aimez que Dieu qui vous aime et qui ne vous quitte pas» (C.28)
N'est-ce pas le Hosanna des Rameaux avant le «Tout est consommé» du Calvaire ? Avec Paul, tu peux le dire : «Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi» (Ga 2,20).

«La mission est ouverte,
Quittons tout pour la gagner» (C. 115)
La mission est ouverte. «Les exercices sont beaucoup suivis» (Besnard). Prédications et catéchisme, rosaire et processions, se succèdent... Tu te donnes sans rien mesurer de tes forces... Les fidèles le savent bien qui affluent à ton confessionnal, sûrs d'y trouver un père plein de douceur et de charité.
«Les grands pécheurs s'adressent plus à toi qu'aux autres confesseurs», dévoile ton biographe Grandet. N’es-tu pas, pour tous dans le pays, «le bon Père de Montfort» ? Et n'est-il pas vrai que ta Bonne Mère du ciel s'entretient avec toi ? S'est-il trompé, le brave homme qui entre dans la sacristie pour se confesser et qui te trouve en conversation avec une «dame blanche»...

«Je la porte au milieu de moi... quoique dans l'obscur de la foi » (C.77)
«Oui, je m'entretiens avec Marie, ma Bonne Mère». Le secret de votre dialogue, nul ne le connaît... Nous devinons qu'il est sagesse et joie... et force pour toi.

(à suivre)
Sr Jean-Marie de la Sagesse, f.d.l.s.
Le règne de Jésus par Marie, 96 (1995), n° 3, 23-26


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