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St Pompain

St. Louis-Marie > Sa vie

17° St Louis-Marie à St Pompain

En 1715, le P. Jean Mulot est curé de mm St Pompain, dans le diocèse de La Rochelle. Depuis quelque temps, il projette de faire donner les exercices d'une mission dans sa paroisse. Les Pompinois d'alors manifestent bien peu de zèle pour vivre en chrétiens. Le dimanche, notamment, les hommes se retrouvent sur le champ de foire plutôt qu'à l'église : c'est, a-t-on pu écrire, «la source de désordres lamentables». Déjà le P. Mulot a retenu un prédicateur. Dans son presbytère, il accueille depuis 3 ans son frère René qu'une santé précaire a écarté de son poste de vicaire à Villiers en Plaine. Ce dernier seconde aussi, à l'occasion, un de ses cousins, curé de Soullans. C'est dans cette paroisse qu'il a entendu dire beaucoup de bien du P. de Montfort dont la mission de La Garnache a connu un retentissant succès. On ne sait comment le P. René Mulot arrivera à convaincre son frère de faire décommander le premier missionnaire retenu pour confier la mission de St Pompain au P. de Montfort.

Une entrevue décisive

On est dans les derniers jours de 1715. Le P. de Montfort commence la mission de Fontenay le Comte par une retraite aux religieuses. René Mulot, malgré son état de santé, se détermine à se rendre à Fontenay. Le P. de Montfort commence par reconduire : «cela n'est pas possible I». Il retient cependant Mr Mulot à sa table. La glace est vite rompue : «Ah ! si j'avais assez de forces et de science, je vous suivrais partout !» déclare René Mulot. Phrase décisive que le P. de Montfort n'a pas besoin d'entendre 2 fois. Le voilà qui change d'avis : «J'irai à St Pompain», dit le P. de Montfort, «mais il faut pour cela que vous veniez m'aidera la mission de Vouvant que je dois donner après celle de Fontenay». René Mulot se sent piégé et essaie de faire marche arrière : «Que feriez-vous d'un pareil missionnaire, je serais plus à charge qu'utile I». «Si vous voulez me suivre et travailler avec moi le reste de vos jours, j'irai chez votre frère, autrement, non ! Tous vos maux s'évanouiront lorsque vous aurez commencé à travailler au Salut des âmes et il faut faire un coup d'essai à la mission de Vouvant I». Comment reculer ? René Mulot participe donc à la mission de Vouvant. Sa santé s'améliore rapidement. Il peut même au printemps suivant faire avec le P. Vatel et 33 paroissiens de St Pompain le pèlerinage aux Ardilliers (240 km aller-retour). Jusqu'à sa mort, lors de la mission de Questembert, (où il sera victime du tétanos) il ne cessera de prêcher des missions dans un certain nombre de diocèse de l'Ouest (220 missions), se déplaçant avec les moyens de l'époque : à cheval dans les meilleures conditions, mais ordinairement à pied.

Chose promise, chose due

En décembre 1715, le P. de Montfort arrive à St Pompain et trouve la paroisse comme on la lui a décrite. Il se met tout de suite au travail. Le temps très mauvais et froid n'encourage pas les gens à sortir de chez eux. Qu'importe ! Accompagné d'un frère, le P. de Montfort parcourt les venelles (petits chemins entre 2 murs) du village, chantant le cantique qu'il a composé pour faire bouger la population :
«Chers habitants de St Pompain,
Levons-nous tous de grand matin
Dieu nous appelle à son festin,
Cherchons la grâce !
Qu'il vente ou qu'il glace,
Cherchons la grâce et l'amour divin I».

Les fruits de la mission ne se font pas attendre.

Conversion du curé

Le mot est sans doute un peu fort. Le P. Jean Mulot est un prêtre dévoué, soucieux de ses ouailles. Il a cependant quelques défauts : il aime la chicane. Au début, il ne voit dans la mission qu'un moyen de changer le cœur des paroissiens. Mais lorsqu'il entend le Frère Jacques entonner le cantique : «J'ai perdu Dieu par mon péché», il se sent concerné et va se jeter aux pieds du P. de Montfort. Désormais, il va essayer de mieux faire et il accompagnera même le P. de Montfort dans ses missions de Villiers en Plaine puis de St Laurent S/Sèvre. Il accueillera aussi dans son presbytère la Compagnie des montfortains naissante.
On assiste encore à la réconciliation du fermier général de la Commanderie avec le prieur de la paroisse ; à l'organisation d'une procession sur la place du marché, croix en tête, à travers les étalages des marchands, les baraques des saltimbanques et les rondes de danseurs ; enfin à l'organisation de confréries : celle des Vierges et celle des Pénitents blancs, qui s'engageront à réciter chaque jour le Rosaire.

Une mission qui dure 2 mois

Sans doute la plus longue mission prêchée par le P. de Montfort. Commencée début décembre 1715, elle ne se terminera que fin janvier 1716 par la plantation d'un magnifique calvaire sur la route de St Hilaire de l'Autize (aujourd'hui, St Hilaire des Loges).

Départ pour Villiers en Plaine

Le dimanche 1er février 1716, le P. de Montfort quitte St Pompain pour Villiers en Plaine. Dans une grande procession comme il sait si bien les organiser, les paroissiens l'accompagnent. Et pour bien montrer à tous le respect que l'on doit avoir de la Parole de Dieu, il fait porter la Bible sous le dais du Saint Sacrement. De retour à St Pompain, le P. de Montfort réunit pour une retraite les 33 pénitents qui se sont engagés à aller en pèlerinage à N-D des Ardilliers, à Saumur, pour «obtenir de Dieu de bons apôtres et le don de sagesse». Les pèlerins auxquels se joignent les Pères Mulot et Vatel, sont bientôt de retour. Le P. de Montfort, accompagné de quelques Frères, prend à son tour la route de Saumur. Les missionnaires se donnent rendez-vous à St Laurent S/Sèvre pour une mission qui doit commencer aux premiers jours d'avril. Ils seront rejoints par le curé de St Pompain, le P. Vatel acceptant de le remplacer durant son absence.

St Pompain, berceau de la «Compagnie de Marie» (ou montfortains)

Le P. de Montfort ne reviendra plus jamais à St Pompain puisqu'il mourra au cours de la mission de St Laurent. Il laisse quelques missionnaires, Frères et Pères, sans chef vraiment désigné, et en tout cas bien peu organisés. Ils seront accueillis (pas tous sans doute) au presbytère de St Pompain. La santé de plusieurs laisse parfois à désirer et l'avenir paraît encore bien incertain. On fait retraite, on réfléchit sur la façon de prolonger l'œuvre des missions du P. de Montfort et on étudie avec l'encouragement de plusieurs prêtres amis, dont le P. Jean Mulot.
Au carême 1718, grâce à l'astuce d'un curé voisin, la 1ère mission des Mulotins (c'est ainsi qu'on va appeler les premiers missionnaires) est annoncée et se déroule à St Etienne des Loges. Malgré quelques inquiétudes, nos missionnaires connaissent un très grand succès. Le bouche à oreille aidant, les missionnaires ne vont pas manquer de travail et leur présence à la cure de St Pompain se fera beaucoup plus rare (seulement pour quelques brefs moments de repos). La petite équipe s'étoffe : ils sont au moins 8 fin 1718 et les archives paroissiales de ces années comportent assez souvent la signature des missionnaires. Une visite pastorale de l'évêque de La Rochelle, Mgr de Champflour (le 31 août 1718) est une reconnaissance de l'équipe missionnaire qui «s'applique sur ses ordres aux missions». Une supplique adressée un an plus tard au Pape Clément XI par le P. Jean Mulot, curé-prieur de St Pompain et par le P. Pierre Garnier, curé-prieur de Melle (dans le diocèse de Poitiers) appuyée par des attestations de leurs 2 évêques, demande au Pape «d'approuver cette naissante mission».

Projet d'installation à St Laurent S/Sèvre

Les Sœurs de la Sagesse viennent de s'installer à St Laurent auprès du tombeau du. P. de Montfort. Le P. René Mulot devient en septembre 1720 l'aumônier de la jeune communauté. Petit à petit, l'idée de s'établir à St Laurent germe aussi dans la tête des missionnaires (d'autant que plusieurs d'entre eux se trouvent déjà sur place). St Pompain n'aura été qu'une étape. René Mulot sera élu officiellement Supérieur, responsable de la petite équipe de missionnaires.

Pourtant l'histoire commencée à St Pompain est loin d'être terminée

Pendant de longues années, la paroisse va continuer à être desservie par le clergé diocésain. Beaucoup de curés s'appliqueront à faire connaître le P. de Montfort et à entretenir chez leurs paroissiens une vraie dévotion au P. de Montfort et une fidélité à sa spiritualité. Les archives paroissiales rappellent d'ailleurs les très nombreuses missions prêchées ici, depuis le P. de Montfort, par ses fils. Depuis 1983, c'est un montfortain qui dessert la paroisse de St Pompain.

Les souvenirs matériels du passage du P. de Montfort à St Pompain

Ils sont bien rares. De l'église, il ne reste guère que les murs. La chaire où prêcha le P. de Montfort se trouve à St Laurent, chez les Sœurs de la Sagesse. Le presbytère qui abrita le P. de Montfort et les premiers montfortains a été démoli il y a plus d'un siècle : les derniers vestiges ont disparu il y a 6 ans pour permettre la construction d'un centre d'animation rurale. Une poutre de l'ancienne cuisine a servi à la sculpture d'une Vierge qui rappelle l'hospitalité reçue ici.

Les souvenirs spirituels sont par contre abondants

On aime ici beaucoup le P. de Montfort et la très sainte Vierge Marie, même si la ferveur est loin d'être aussi forte que le souhaite leur curé. Le P. de Montfort, s'il revenait, pourrait bien reprendre son cantique : «Petit troupeau...» car beaucoup n'ont pas fini de se convertir. Mais s'il est une qualité pompinoise, c'est bien l'hospitalité (que l'on retrouve aussi dans bien d'autres communes des Deux Sèvres et de Vendée). On comprend l'accueil réservé au P. de Montfort et à ses premiers missionnaires. Tous ceux qui passent à St Pompain le constatent. Des pèlerins toujours plus nombreux viennent prier dans notre église et y partager l'eucharistie. Certains sont de la région, mais d'autres viennent d'assez loin. À St Pompain, un martyr dont on a peine à retrouver la trace, a laissé toute grande la place à St Louis-Marie de Montfort.
Atout moment de l'année, des hommes et des femmes viennent ici en pèlerinage, parfois des familles, des montfortains et des montfortaines, sur les pas de Montfort. Tous les ans, au mois d'août, de nombreux Pères et Frères montfortains accompagnés de Sœurs de la Sagesse et de jeunes partent en pèlerinage, de St Pompain vers N-D des Ardilliers, à Saumur, avec le même objectif que les 33 pénitents blancs de 1716 en quête «de la sagesse et de nouveaux bons missionnaires». Ces futurs montfortains seront africains ou indiens, philippins ou Sud-américains, européens aussi. Quelle chance pour les pompions de pouvoir accueillir ici des jeunes (religieux, prêtres) qui sont l'avenir de l'Église et de la Mission. Ils ne se sont pas trompés quand il s'est agi de donner des noms aux rues du village. Certains ont d'abord pensé à une rue du P. de Montfort, voire à une rue du P. Mulot. Finalement, l'appellation choisie est «Rue des montfortains». N'est-ce pas beaucoup mieux ainsi ? Les pages d'histoire ouvertes par le P. de Montfort sont loin d'être toutes écrites. Il y a celles qui s'écrivent aujourd'hui et celles qui, espérons-le, s'écriront demain.
Il n'est sans doute pas indifférent que les hasards de cette histoire ont fait qu'aujourd’hui le curé de St Pompain appartient à la congrégation des montfortains. Quelle joie pour lui de pouvoir, à la suite des Vatel, Mulot, Aumont, Mathurin et plusieurs autres encore, apposer sa signature au bas des registres paroissiaux. Quelle joie aussi pour lui, grâce à la complicité de ses paroissiens et à la bénédiction de son évêque, de pouvoir pendant les 3 mois d'été se mettre à la disposition des pèlerins de Mervent dans un travail d'écoute et d'accueil : une autre forme de la mission aujourd'hui...

P. Robert Barbier, montfortain Curé de St Pompain
Le règne de Jésus par Marie, 96 (1995), n° 1, 21-24.


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